Thèmes de l’Emission de la semaine
Orlando le 30 juillet, 2010
Actualités Politiques : Grandes Lignes
Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.
Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, Guichard Doré, présentant le Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN).
Guichard Doré, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.
RB : Dans cette conjoncture, quels sont les conditions et les besoins qui ont incité à la réflexion, à la rédaction et à la publication du PSSN ?
GD : Le PSSN c’est un document qui fait suite à une rencontre, à une assise au mois d’août de l’année dernière en République dominicaine. Où des élites intellectuelles, politiques, économiques, sociales et religieuses d’Haïti, se sont réunies dans le but d’intervenir dans l’intérêt du pays. Inquiétées bien sûr par le constat de la rapidité et de l’empirement du déclin.
Le titre de l’assise c’était : « La Rencontre Patriotique pour le Sauvetage National ». On n’a pas attendu le 12 janvier pour être conscient de la nécessité d’intervenir. Le tri qui s’est effectué pour trouver ceux qui devait intervenir, a été un processus minutieux dominé surtout par la recherche de la qualité et de la diversité des intervenants.
Il fallait arriver à réunir les meilleurs échantillons des élites haïtiennes. Dans toutes les sociétés ceux sont les élites qui ont la responsabilité et la capacité d’intervention pour tirer un pays d’une mauvaise situation et l’amener à bon port. Certes, il faut que la population participe et supporte leurs décisions. Mais pour prendre à bon escient ces décisions, il faut une vision et une réflexion éclairées. Il faut avoir une lecture différente du changement. Voilà ce qui a enfanté le PSSN. C’est un document collectif qui traduit une vision des élites haïtiennes qui se sentent interpeller par le besoin d’intervenir.
RB : En réunissant des gens de tendances et d’horizons politiques différents, quel a été l’apport à la conceptualisation du PSSN ?
GD : A cette rencontre se trouvaient des élites de tout l’éventail des tendances politiques et d’autres qui ne sont pas impliqués dans la politique. Le tour de force a été d’amener des élites représentatives des différents secteurs de la vie nationale à s’asseoir, à réfléchir, à s’entendre ensemble sur un sujet commun, le sauvetage national, et à donner le meilleur d’eux-mêmes. Il faut reconnaître que nous sommes dans un pays qui n’est pas gouverné et qui est en faillite. Cette rencontre est un signe annonciateur du fait qu’il y a un changement possible. Voilà ce qu’est le PSSN !
Le changement étant une dynamique qui s’étale sur le court, le moyen et le long termes, on a besoin de la participation et du support de plusieurs générations. Pour qu’il y ait changement dans le sens du progrès, il nous faut dépasser les clivages gauche, droite, bourgeois, prolétaire, citadin et paysan. Ce qui a été démontré, est que lorsqu’on consent à s’asseoir ensemble, on est capable de chose extraordinaire telle que le PSSN. On a réuni en 1804 tous les clivages, tous ceux qui aspiraient à un mieux être. Et collectivement nous avons accompli l’impossible, la victoire sur l’armée la plus puissante de l’époque. 200 ans après, nous nous sommes réunis. Nous voulons reprendre en main notre dossier pour le sauvetage national, dans le même esprit d’unité. Il est important que nous reprenions notre souveraineté de peuple vertical. Pour relever ce défi, il nous faut mettre les intérêts de la République au-dessus de tous ces clivages.
RB : Le PSSN, est-il une réaction au cataclysme du 12 janvier 2010 ?
GD : Le PSSN n’est pas une réaction au cataclysme du 12 janvier 2010. On avait déjà commencé à rédiger les chapitres du PSSN bien avant le 12 janvier. Bien entendu, on a dû tenir compte des problèmes engendrés par ce phénomène. Il est évident que ce phénomène a mis à nu, le fait que l’Etat ne fonctionnait pas. Le PSSN est allé au-delà d’un simple processus de reconstruction. On a parlé de la reconstruction que dans le chapitre VII. Le document dans son ensemble a traité de la construction de l’Etat haïtien. On a constaté la destruction des symboles physiques de l’Etat. Maintenant la reconstruction de ces symboles tels que les Palais des trois pouvoirs, devient un impératif. Ce n’est pas tout le pays qui a été victime du cataclysme. C’est pour cela que tenant compte des besoins collectifs de la nation, nous parlons de construction de l’Etat haïtien. Il faut que le citoyen haïtien partout où il se trouve sur le territoire, qu’il ait la certitude d’être dans la République d’Haïti et non la République de Port-au-Prince. Le PSSN est un document global qui prend Haïti dans son ensemble.
RB : Le PSSN dans son souci d’innovation et d’efficacité, introduit la notion d’Etat stratège. Quels sont les principaux paramètres que le PSSN a pris en compte pour proposer cette notion ?
GD : Le concept d’Etat stratège est fondamental. L’Etat stratège doit avoir une vision. C’est un Etat qui fait la gestion sur le long terme. Un Etat qui développe une stratégie. Il nous faut donc reformer l’Etat pour qu’il ait ce comportement. Il nous faut avoir comme l’indique la constitution, un Etat stable et fort qui porte la population à participer dans les grandes décisions qui l’engagent. Pour le faire, il nous faut avoir une lecture de l’Etat. Il nous faut savoir ce que nous voulons accomplir. Il nous faut avoir une vision. L’Etat stratège est responsable du pilotage, de la distribution des rôles. L’Etat participe sans remplacer le citoyen. Il accompagne le citoyen dans l’accomplissement des buts à atteindre, le changement. L’Etat que nous avons aujourd’hui est vidé de sa substance. Il nous faut arriver à le transformer en un Etat qui prend le pays au sérieux. L’Etat stratège est obligé de faire le renforcement des structures et des institutions. Cet Etat doit arriver à accomplir le changement programmatique de la société. Nous devons avoir un Etat fort qui peut matérialiser des changements profonds dans la société. La République dominicaine nous a donné l’exemple dans ce domaine. L’Etat que nous avons aujourd’hui souffre d’un manque total de vision. Nous voulons d’un Etat qui n’entre pas en conflit avec les intérêts des citoyens. Il faut qu’il ait un rapport dynamique d’accompagnement entre l’Etat et la société. Le PSSN vise la modernisation de l’Etat et sa décentralisation. L’Etat stratège doit reconnaître l’autorité des pouvoirs locaux, parce qu’ils sont des pouvoirs constitués, avec une certaine compétence, avec une certaine légitimité. Il faut clarifier leurs rôles. Si l’Etat stratège fait du pilotage, il ne peut pas tous faire. Il faut qu’il fasse la délégation des pouvoirs publics et des responsabilités. Il faut surtout améliorer l’organisation et le fonctionnement de l’administration, pour avoir une gestion responsable des affaires publiques. La cause principale du disfonctionnement des affaires publiques vient du fait qu’elles ne sont pas gérées. Il faut augmenter l’efficacité de l’action administrative. Il faut accroître sa performance. Il faut économiser les ressources de l’Etat. Il faut éviter le gaspillage. C’est ça l’Etat stratège. Il faut offrir au parlement la possibilité de remplir son rôle de contrôle. Il faut offrir à la Cour supérieur des comptes la possibilité de contrôler l’argent de l’Etat. Certes, le gouvernement est là pour engager l’Etat, mais il n’est pas l’Etat. Il faut repenser l’architecture ministérielle. La structure ministérielle que l’on a aujourd’hui, date d’avant Duvalier.
Nous avons le problème migratoire, la pression démographique etc. qui exigent une accommodation à de nouvelles réalités. L’Etat stratège, c’est mettre l’Etat au service des citoyens.
RB : Au lendemain du 12 janvier, la réaction intellectuelle presque unanime a donné naissance à une nouvelle prise de conscience, le besoin de réflexion sur la refondation de l’Etat.
Pourquoi ce besoin est-il devenu un impératif ?
GD : Depuis le 29 août 2009 à Santo Domingo, nous avons annoncé clairement l’impératif de la refondation de l’Etat. C’est ainsi que nous avons posé le problème. C’est l’approche que nous avons choisi comme démarche, comme axe principal de PSSN. On n’a pas attendu le 12 janvier 2010 pour en parler. Tous ceux qui ont participé à cette rencontre patriotique du 29 août 2009 étaient conscients de cet impératif. C’est vrai que Préval s’est accaparé de cette notion après le 12 janvier 2010, pour en faire un slogan. L’Etat étant réduit à ce moment là à sa plus simple expression, après ce cataclysme, Préval devait au plus vite se trouver un slogan. Ce n’est que ça, un slogan. Préval ne peut pas opérationnaliser ce concept. Il nous faut institutionnaliser et réglementer la présidence, pour assurer une stabilité républicaine dans le pays. Le président est responsable du pilotage stratégique des intérêts vitaux de la nation. L’encadrement de la présidence, vu les responsabilités qui incombent à ce poste, doit se faire avec les citoyens et citoyennes les mieux doués et les plus compétents. Au niveau de la présidence on fait la gestion des intérêts supérieurs de la nation au plus haut sommet. Le dossier de la présidence appartient à l’Etat. Au départ d’un président, son successeur doit avoir accès au dossier de la présidence. Voilà où se situe la notion de continuité. Il nous faut aussi rationnaliser et renforcer les fonctions et services de la primature. Il faut voter les lois organiques et des services spécialisés de la primature. Il faut voter des lois qui établissent le patrimoine ministériel. Il faut réorganiser les ministères et les secrétaireries d’état. Il faut professionnaliser les services et le personnel des ministères. Il nous faut sortir du model précédant le 12 janvier. Il ne faut pas le reproduire ou le maintenir. Pour penser, concevoir et voter ces projets de loi, il faut que l’on ait des gens capables et compétents au parlement. Il faut pouvoir faire une diagnostique institutionnelle des services déconcentrés de l’Etat. Il faut dresser des fiches analytiques et techniques des services déconcentrés de l’Etat. Il nous faut arriver à ce niveau pour rendre efficace et efficient les services de l’Etat. Tout ceci exige que l’on ait la capacité disponible de compétence. Sans cette capacité on ne pourra pas faire cette réforme, cette refondation de l’Etat. Il faut pouvoir renforcer l’orientation stratégique des ministères. Il faut pouvoir publier des arrêtés qui établissent et précisent le mode de fonctionnement des cellules d’orientation stratégique. Il faut institutionnaliser la conférence des directeurs généraux. Ce sont ces directeurs qui prennent des décisions. Qui matérialisent les décisions prises par l’Exécutif. Qui engagent la vie d’un peuple. Il faut établir et organiser chaque 2 mois la conférence des directeurs généraux pour avoir une lecture globale et collective du fonctionnement de l’administration. Il faut aussi institutionnaliser la conférence des délégués. Ils représentent l’Exécutif à travers les Départements géographiques. Les délégués vont se réunir avec tous les ministres, parce qu’ils coordonnent l’action administrative à travers le territoire. Il faut aussi établir le dialogue entre les comités interministériels. Il faut établir et coordonner le dialogue entre les différentes instances qui fonctionnent au sein de l’Etat. Les commissions interministérielles sont formées d’experts qui sont capables de dresser des rapports techniques couvrant leurs champs d’action. La société doit bénéficier de ces études. Il faut organiser la direction centrale de l’administration publique. Il faut établir l’égalité d’accès à la fonction publique. Il faut prendre en compte la compétence des gens dans le recrutement, et non le népotisme. Pour avoir accès à la fonction publique, il faut le faire par concours. Ceci est fondamental pour que l’on ait vraiment un Etat stratège. Il faut établir un répertoire interministériel des métiers de l’Etat. Quelqu’un veut intégrer l’Etat, il lui faut savoir quel sont les métiers qui existent dans l’Etat. Si on se propose de participer à un concours d’entrée dans la fonction publique, on doit savoir le parcours de la carrière que l’on entreprend.
On ne peut pas maintenir un système d’exclusion. Il faut intégrer les handicapés. La République doit avoir une mission réparatrice. Il faut mettre fin au népotisme, à la République des petits copains. Il faut mettre le citoyen au centre de nos préoccupations. Il nous faut assurer une gestion publique de qualité. La refondation de l’Etat ne peut pas être un slogan. Elle est fondamentalement technique. Il faut accompagner la mobilité entre les différentes administrations de l’Etat, pour garantir la polyvalence et facilité le parcours de carrière du fonctionnaire. Il faut augmenter la circulation de l’information administrative. Il faut orienter les usagés. Il faut établir une relation harmonieuse entre le fonctionnaire et l’usagé. Pour sortir du cadre de la corruption il faut que le fonctionnaire soit à l’abri des besoins et de la tentation. Il faut qu’il ait un salaire convenable. Il nous faut faire un saut qualitatif et quantitatif. Il faut donner aussi, quand c’est possible, l’accès électronique à l’usagé, pour qu’il ne soit pas obligé de se rendre à un bureau public pour recevoir le service qui lui fait besoin. La refondation de l’Etat est immense, et complexe. Il faut également simplifier les procédures administratives et faciliter l’accès. Le PSSN est une rupture avec l’ordre ancien ! C’est un pari sur l’avenir !
RB : Introduite depuis 23 ans par la Constitution de 1987, la notion de décentralisation a été combattue intensément par le premier et le seul régime qui a gouverné sous l’égide de cette Constitution.
Pourquoi le régime lavalas a-t-il combattu avec autant de détermination et de ténacité la décentralisation ?
GD : La décentralisation apporte un rapport fondamental du pouvoir public avec l’espace territorial. La constitution vient aussi avec le problème de la déconcentration. Ces deux concepts sont liés. C’est une menace à la république de Port-au-Prince. La constitution parle d’un régime d’assemblée dont certains membres peuvent siéger au conseil des ministres avec voix délibérative. Il y a des gens qui ne le voient pas d’un bon œil. Ceci constitue une menace pour l’ordre ancien et les défenseurs du statu quo. La décentralisation est incontournable. Il faut donner au gens du territoire leurs droits de citoyen. La décentralisation jouit d’une grande importance dans le PSSN. Il faut faire voter des lois pour établir la fonction et le statut des délégués. Assez souvent on nomme des bandits comme délégué. Alors que le délégué aurait dû être un haut fonctionnaire de l’Etat sur le territoire. Il faut une exigence de compétence à ce poste. Il faut institutionnaliser ce poste. Il faut avoir un profil type pour le poste de délégué. Il faut constituer des cellules techniques de compétence territoriale au sein des délégations et vice-délégations. Il nous faut organiser la direction départementale des ministères. Il nous faut coordonner les fonctions de chargé de mission dans les services territoriaux déconcentrés.
La décentralisation est un transfère de pouvoir de l’Etat à une entité non-étatique. C’est un pouvoir public, mais pas l’Etat. C’est un transfère de pouvoir à des autorités élues qui vont prendre des décisions dans les collectivités territoriales, au niveau de la commune, de la section communale et du département, les 3 niveaux de collectivité territoriale. Il faut faire en sorte que le parlement vote des lois sur la décentralisation pour la rendre fonctionnelle. C’est par la loi qu’il faut tout faire. Il faut aussi voter des lois sur la fonction publique territoriale. Il y a une différence entre la fonction publique d’état et la fonction publique territoriale. Il faut que la loi établisse les compétences des collectivités territoriales. Il faut établir les compétences partagées existant entre les collectivités territoriales et l’Etat. La police communale ou municipale par exemple, est dans le domaine régalien de l’Etat. C’est aussi dans un domaine de compétence partagée. L’acte de naissance délivré par la commune est dans le domaine des compétences partagées. L’indentification du citoyen sur le territoire relève de la compétence de l’Etat. L’Etat dans un souci d’efficacité dans la fonction républicaine de l’appareil administratif délègue aux autorités des collectivités territoriales le pouvoir de remplir ces fonctions. L’autorité de décerner le certificat de mariage par exemple, peut être délégué à un niveau d’autorité de collectivité territoriale. Mais l’Etat se réserve le droit d’annulation de mariage. Le parlement peut voter des lois sur la fiscalité locale. Il faut aussi une loi sur les fonds de dotation des collectivités territoriales. Il faut établir un référentiel de pratique de bonne gouvernance pour les différents niveaux de collectivités territoriales. Nous savons qu’il y a un déficit en terme de compétence dans le pays d’une façon globale, mais particulièrement au niveau des mairies et des collectivités territoriales. Il faut des techniciens pour établir ces règles. Il faut des politiques pour faire le pilotage. Tout ceci fait parti de ce que prescrit le PSSN. Le technicien est là pour aider à mettre la vision en application. Il faut voter des lois pour la gestion des biens du domaine de l’Etat par la commune. Il faut aussi l’animation économique des collectivités territoriales qui contribuera à augmenter leurs assiettes fiscales. Le maire a une responsabilité de développement économique de la commune. Il faut qu’il contribue à la création d’entreprise, pour donner du travail. Le maire a une responsabilité d’attirer l’investissement direct. Le PSSN veut arriver à la coopération décentralisée. Le maire peut négocier directement avec des entreprises extérieures et des institutions publiques à l’étranger, pour faire le développement sur le territoire dont il assume le leadership. Il faut libérer les collectivités territoriales pour qu’ils prennent en main leur destinée. Il faut mettre des cadres à leur disposition. La décentralisation a un aspect politique, technique et économique.
RB : Que propose le PSSN pour réussir cette décentralisation connexe, administrative, technique et économique ?
GD : Il faut faire un inventaire des ressources des collectivités territoriales, leur potentialité et aussi ce qui leur manque, pour accomplir le développement. Il faut faire cette diagnostique. L’Etat doit leur donner un appui technique. Avec ça on peut arriver à faire une animation sur tout le territoire. Chaque zone devra déterminer techniquement ses affinités particulières pour arriver au développement. Il faut aussi accepter la possibilité pour les mairies de faire des prêts. Ayant reconnu la potentialité d’une commune, elle ne peut pas passer tout son temps à attendre un cheque du ministère de l’intérieur. L’animation économique dont on parle dans le PSSN c’est tout ça.
RB : Le paquet législatif du PSSN est énorme. Il couvre de vastes domaines, comprenant :
-L’institutionnalisation de la Démocratie
-La réforme de l’Etat
-La modernisation de l’économie
-Le développement économique et social
-La promotion de l’environnement
-La promotion du développement durable
-La réforme de l’armature judiciaire
-L’établissement d’un Etat de droit
-La décentralisation et la déconcentration.
Pouvez-vous nous faire un résumé des différents points que ce paquet se propose de traiter ?
GD : C’est un aspect très important du PSSN. Contrairement aux plans que l’on a l’habitude d’offrir en Haïti, on n’a jamais mis l’accent sur la loi. Nous sommes des Démocrates avec une vision républicaine de l’Etat. Nous croyons que tout ce que nous faisons doit s’ancrer sur la loi, ou sur une règle qui définit clairement comment le faire. C’est pour cela que dans chaque chapitre traitant d’un sujet quelconque, on y trouve des textes de loi. Nous regroupons ces textes de loi dans un paquet législatif. Nous avons par exemple un dispositif législatif des supports à la modernisation de l’Etat et à la décentralisation. Nous avons des projets de loi réglementant les services de la présidence, le patrimoine présidentiel, projets de loi organiques de la primature, des services de la primature, des services des ministères, etc. Nous ne pouvons pas les citer tous, parce qu’il y en a beaucoup. Ceci c’est pour la réforme de l’Etat. On a aussi des projets de loi sur les compétences des collectivités territoriales, sur la décentralisation. Pour la défense et la sécurité nationale, il faut des lois pour la création de l’Armée d’Haïti. Il nous faut remarquer que depuis la dissolution de l’Armée d’Haïti, on a eu une armée étrangère dans le pays. Autrement dit, il y a toujours eu une commande publique militaire en Haïti. S’il n’y a pas de sécurité en Haïti, on ne pourra pas avoir d’investisseur dans le pays. S’il n’y a pas d’investisseur, il n’y aura pas d’investissement non plus. S’il n’y a pas d’investissement, il n’y aura pas de croissance. S’il n’y a pas de croissance, il n’y aura d’emploi. C’est un enchaînement. Il faut prendre la sécurité du pays au sérieux. On veut d’une armée qui sera au service de l’Etat. L’argument que le pays n’a pas besoin d’une armée parce qu’il n’est pas en guerre, est faux. On n’a pas besoin d’une armée parce qu’on est en guerre. L’armée a une fonction de dissuasion et de prévision. Après le cataclysme du 12 janvier, parmi ce que les gouvernements étrangers nous ont envoyé, la plupart ont été des militaires. Quand le pouvoir civil est défaillant, le militaire apporte la main forte. Il y a des besoins que ce sont des réponses de type militaire qu’il faut. L’armée a des fonctions que la police ne peut pas remplir. La fonction de l’armée est régalienne. Dans le PSSN on a un projet de loi sur la programmation militaire, un projet de loi sur la création de la direction de la centrale du renseignement intérieur, un projet de loi sur la création du conseil national de sécurité nationale, un projet de loi sur le conseil de la sécurité intérieure, un projet de loi sur la création du fichier central automatisé de la délinquance et de la criminalité. Il faut protéger la société. C’est une responsabilité républicaine.
Il faut un projet de loi sur la sécurité civile. Respect des normes sanitaires, respect des normes de la construction, etc. La mort de ces 500,000 personnes en 37 secondes le 12 janvier, est dû à l’absence totale de respect des normes de sécurité civile.
Dans les dispositions législatives nous avons des lois qui offriront un support à l’économie. Il faut une loi portant sur la croissance accélérée. Alors que sur le plan démographique nous avons une croissance de l’ordre 2.5%. Notre reproduction sociale est une reproduction de la misère. Entre 1980 à l’an 2000 notre revenu par tête d’habitant a été divisé par deux. Il est passé de 800 dollars à 400 dollars l’an. Le PSSN pense qu’il nous faut au moins une croissance de 6%. Il nous faut une stratégie de croissance accélérée. Par exemple, il nous faut une loi réglementant les jeux de hasard. La borlette est une forme d’impôt. L’Etat seul a le monopole fiscal. Il faut que ces opérateurs aient des licences pour fonctionner.
Il faut un projet organique relatif aux lois de finance. Il faut un projet de loi concernant les lois fiscales. Il faut une loi sur les investissements publics. C’est-ce qui garantie la continuité de l’Etat. Il faut qu’il y ait une loi qui institutionnalise la fonction de la micro-finance. En tant qu’Etat stratège, il doit prendre au sérieux tout domaine qui a une importance vitale pour la société. Il faut un projet de loi sur la modernisation de l’économie. Il faut un projet de loi sur la politique industrielle. Il faut créer des conditions pour industrialiser le pays. Il y a dans d’autres pays des zones économiques spéciales. C’est comme une zone franche améliorée. La Chine par exemple met l’emphase sur ces zones. On n’est pas condamné à réinventer la roue.
Il nous faut un projet de loi sur la création d’une banque internationale de développement agricole et industriel.
Il faut un projet de loi sur la politique du tourisme. Il faut un projet de loi sur la protection de l’environnement. Il doit y avoir un coût financier pour celui qui pollue. Nous pensons qu’il faudrait de préférence créer une agence de réhabilitation et de reconstruction en lieu et place de la CIRH.
Il faut des codes de loi sur l’électricité, l’eau, traitement des déchets solides, biodégradables, des déchets biomédicaux, etc.
Il faut un projet de loi sur le développement agricole, la révision du code rural, les lois agraires, réforme agro-foncière, développement des filières agro-industrielles. L’autosuffisance alimentaire est un but sérieux à atteindre.
La question de santé publique, il faut une loi régissant la recherche épidémiologique, la recherche biomédicale, et la recherche de médecine traditionnelle.
Il y a des essaies de médicaments qui se font à travers des ONG sous couvert de charité sur nos enfants. Le PSSN prend ça au sérieux. Il faut que l’Etat réglemente ces choses. Il faut que le médecin ait une responsabilité civile et pénale surtout. Il faut une loi sur la toxicomanie. Il y a des gens que consume de la drogue, des déviants, il faut faire face à ces problèmes. Il faut contrôler le taux de naissance. Il faut faire le planning familial. Il faut diminuer la pression démographique sur un petit territoire.
L’aspect de l’éducation, il faut un projet sur le code de l’éducation, la réforme éducative, l’orientation de l’éducation, le financement de l’éducation, les responsabilités des directeurs d’établissement scolaire, l’hygiène scolaire et sur la sécurité scolaire. On ne peut pas loger une école dans n’importe quel bâtiment. Il faut garantir l’accès à l’éducation à tout le monde. Il faut réviser le décret de 1985 sur l’enseignement technique et professionnel. Un projet de loi sur l’orientation de l’enseignement supérieur, est nécessaire. Il faut assurer la qualité de l’enseignement. Il faut s’inspirer des normes internationales pour le statut de professeur d’université. Il faut développer un pôle d’excellence universitaire pour supporter la refondation de l’Etat. Il faut reconnaître la valeur des acquis de l’expérience. Cette compétence n’est pas transférable d’une entreprise à l’autre. Il faut donner un diplôme pour justifier, pour valider cette expérience. Il faut aussi mettre l’accent sur la recherche scientifique, et l’enseignement professionnel.
Le PSSN reconnaît de façon explicite les syndicats, les associations socioprofessionnelles. Il faut un projet de loi sur les ONG, sur les organisations philanthropiques, sur l’emplacement des lieux des cultes et des centres culturels. Il faut des zones industrielles. Le PSSN veut d’un aménagement du territoire. L’Etat doit se porter garant des contrats. Il faut d’un Etat qui accompagne la société.
La réforme de la justice et du droit, il faut d’un projet de loi portant sur la création du magistrat chargé de l’application des peines. Le juge qui juge le criminel n’est pas celui qui le condamne. Il y a un juge qui applique la peine. Maintenant l’Etat peut sécuriser ce juge. On doit avoir un par tribunal. En France il y a un juge des libertés et des peines. Il faut la refonte du code pénal. Il faut établir un Etat de droit. Il faut un bureau national du casier judiciaire. Il faut qu’il y ait un code d’organisation référentiel de compétence judiciaire. Il faut un code déontologique des professionnels et des fonctionnaires de l’appareil judiciaire. La refondation pour le PSSN est éminemment importante pour changer Haïti. On ne peut plus continuer avec le discours populiste.
RB : Que propose le PSSN pour la politique étrangère, la coopération externe et la diaspora ?
GD : Dans le PSSN la politique étrangère joue un rôle fondamental. Notre diplomatie est jusqu'à présent traditionnelle. Elle a un avantage, elle ne permet pas que l’on entre en guerre. Le PSSN veut que notre diplomatie soit au service du développement, de la promotion de la culture, de la paix et de la solidarité. La diplomatie haïtienne a toujours mis l’accent sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale, la paix, la stabilité, le règlement pacifique des différents et la non-ingérence des les affaires des autres Etats. Contrairement à Préval qui va quémander à l’ONU l’aide et l’assistance militaires. Qui est un affront à l’acte de l’indépendance. Notre diplomatie doit œuvrer à la relance de la croissance économique d’Haïti. La diplomatie haïtienne doit attirer l’investissement. Dans le PSSN nous voulons avoir les services extérieurs de l’Etat. Il faut que notre diplomatie fasse la promotion du rayonnement culturel du pays à l’étranger. Haïti a un déficit en termes d’image. C’est un pays qui sollicite continuellement la charité. Si l’on veut attirer l’investissement on ne peut plus continuer dans cette logique d’attraction de la pitié. Il nous faut mettre notre culture au service du développement, notre cuisine, notre artisanat, notre peinture, nos écrivains, nos poètes, etc. Aujourd’hui, on ne parle d’Haïti que quand elle est dans le malheur. C’est un cycle du renforcement de la pauvreté que nous devons abandonner. Il faut mettre nos ambassades et nos consulats au service des citoyens haïtiens vivant à l’étranger. Il nous faut consolider les cercles d’amitié et de solidarité. Il nous faut revaloriser les axes de coopération Nord-Sud et Sud-Sud. L’exemple de Cuba à notre endroit dans le cadre de l’aide médicale. Il nous faut remarquer qu’ayant un surplus de médecin, Cuba peut organiser ce genre de programme, pas seulement pour nous, mais pour d’autres pays. Il nous faut maximiser les gains qu’Haïti peut trouver auprès d’un ensemble d’Etats dans ses relations extérieurs. Quand on est diplomate on doit faire l’audite de la potentialité économique du pays où l’on se trouve. Le PSSN est une rupture avec l’ordre ancien. Parce que nous vivons dans un monde compétitif, il nous faut apprécier positivement et négativement les actions de nos diplomates. Le diplomate recevra une promotion que s’il trouve des investissements pour Haïti. Autrement on le remercie. Dans l’état de pauvreté où se trouve Haïti, on ne peut plus continuer à gaspiller l’argent de l’Etat. Il faut que tous les fonctionnaires de l’Etat soient utiles et efficaces, chacun dans son domaine. Chaque gourde dépensée doit être rentable pour Haïti. Il faut mettre la diplomatie au service des collectivités territoriales. Il faut développer une meilleure collaboration entre les ambassades et le secteur privé. On ne peut pas constamment être en train d’importer de l’étranger, il nous faut vendre aussi. Sans un Etat stratège on n’arrivera pas à avoir cette croissance que nous désirons tous. Dans les consulats il faut avoir des centres d’intérêt économique des collectivités territoriales. Le représentant au consulat est payé par la collectivité territoriale. Le PSSN croit que l’on peut avoir un taux de croissance de 6% sur une période de 10 ans, pour sortir de la situation de pauvreté où l’on se trouve. Il faut aussi stabiliser la croissance démographique. Ce sont des efforts convergeant dans le même sens qu’il faut, pour sauver Haïti. Il faut développer des villages de retraite en Haïti, comme on le fait un peu partout. Il faut être à une ambassade, parce qu’on a une capacité. On est dans la misère, il faut faire appel à l’intelligence pour en sortir. C’est pour cela que nous avons présenté un Plan Stratégique de Sauvetage National. Il faut gérer les ressources humaines surtout aux ambassades. Il faut que le personnel diplomatique ait une formation qui lui permet d’avoir cette performance que nous espérons de lui. Il faut professionnaliser la carrière diplomatique. Il ne s’agit pas de cours de base. La refondation doit faire appel à la compétence, à la vision et à la détermination. Il nous prendre en compte des différents paramètres de la mondialisation, pour orienter la politique de coopération de la diplomatie du développement. La mondialisation a changé les rapports entre l’Etat, l’homme et l’espace. Il faut accélérer les activités conduisant à l’intégration économique régionale. Il faut développer les axes de coopération avec les ONG. Il nous faut faire la promotion de la démocratie. Il nous faut améliorer notre image à l’étranger. Si nous améliorons l’image du pays, nous attirons l’investissement et la croissance en Haïti. Sur le plan interne, il nous faut faire des réformes, certes. Mais sur le plan externe, il nous faut aller chercher la croissance. On peut faciliter un contrat de travail facilitant l’entré aux Etats-Unis chaque années des travailleurs agricoles qui viennent pour la moisson et retourne chez eux, les travailleurs saisonniers. Cela se fait en France avec le Maroc, la Tunisie etc.
La Diaspora doit être une politique de puissance, pour le rayonnement d’Haïti à l’étranger. Pour faire de la Diaspora un instrument au service du développement national pour la conquête des marchés extérieurs, il y a une politique à mener. Il faut d’une diplomatie culturelle à l’égard des Haïtiens vivant à l’étranger, pour rehausser l’image du pays et défendre ses intérêts. Il faut utiliser la Diaspora comme une banque de cerveau et d’investissement. Il faut développer des axes d’investissement pour des Haïtiens qui vivent à l’étranger. Il faut utiliser la Diaspora comme un appui stratégique pour faire la promotion des entreprises haïtiennes. Pour l’intégration de la Diaspora, c’est tout un débat. Il y en a qui pensent que ce soit la double nationalité et d’autres qui pensent que ce soit le cumul de nationalité. De toute façon pour son intégration, il faut reconnaître les droits civils et politiques de la Diaspora. Le PSSN croit que ce soit quelque chose de fondamentale. Il faut cultiver le patriotisme de la Diaspora et son amour pour Haiti. Il faut encourager le tourisme de la Diaspora pour resserrer les liens entre Haïti et les générations de la Diaspora qui ont pris naissance à l’étranger. Il faut sortir de ce cycle de division stérile entre les Haïtiens de l’intérieur et les Haïtiens de l’extérieur. Le PSSN veut dépasser cette vision clanique. Il faut attirer les capitaux, les connaissances et l’expertise de la Diaspora, tant pour le développement économique intérieur, que pour celui des matchés à l’étranger. Il faut avoir un grand plan pour la Diaspora. Faire de la Diaspora un instrument de politique de puissance et de rayonnement d’Haïti à l’étranger. Il nous faut faire comme les Chinois et les Indiens, aider les Haïtiens à ouvrir des entreprises. Ce sera l’une des fonctions de la Banque de développement dont nous parlons dans le PSSN.
RB : Le temps nous fait défaut, nous allons mettre fin à cette entrevue que nous allons reprendre bientôt pour explorer les vastes champs de vison du PSSN. Je vous remercie pour votre brillante participation. Je souhaite vous inviter à une autre entrevue du même genre sur d’autres facettes du PSSN.
GD : Merci Robert et à bientôt.
Le Plan Stratégique de Sauvetage National ou la façon novatrice de faire la politique en Haïti
Montréal le 2 août 2010
Par Gesler Jean-Gilles
Il convient vraiment de féliciter le Sénateur Rudolph Henri Boulos et Sauveur Pierre Étienne, deux hommes politiques que tout au départ semblait opposer, d’avoir pu mettre de côté leur différence idéologique et réussir à rassembler ces compétences haïtiennes tant de l’intérieur que de l’étranger autour du projet de construction de ce pays. La première impression qui se dégage en lisant le document est que cet exercice apparaît comme un pied de nez en direction de ceux qui persistent à croire qu’Haïti est morte et enterrée bien avant le 12 janvier 2010 et que la catastrophe leur fournit l’occasion de prendre en charge a notre place la reconstruction en nous imposant une sorte de plan passe-partout destiné aux pays faillis. Au moment ou les autorités de Port-au-Prince ne peuvent rien décider sans avoir sollicité préalablement l’onction du président Fernandez, il est réjouissant de constater qu’ il existe encore chez nous des hommes et des femmes possédant une compréhension articulée de la problématique haïtienne et imbus de leurs responsabilité s citoyennes, qui refusent d’accepter la coopération internationale sous sa forme la plus honteuse: l’assistanat.
Le développement d’Haïti ne peut s’accomplir que dans un cadre de la refondation de l’État. Un État effondré, comme c’est le cas actuellement, et qui prend toutes les allures d’un sultanat, ne saurait assumer ses responsabilité s constitutionnelles. Encore que le sultan, en tant que maître de son territoire, adopte de son propre chef, les mesures administratives et politiques nécessaires pour gérer son bien à son avantage en s’assurant d’une répartition équitable des miettes entre ses sujets. Si l’État haïtien s’est effondré au point de devenir un foyer de l’anarchie, du chaos et des violations des droits fondamentaux des citoyens, c’est que des hommes qui sont grassement payés pour veiller à son bon fonctionnement ont piteusement échoué. En réalité ces gens ne sont pas préparés à l’exercice du pouvoir, une tâche importante et complexe. L’impréparation des dirigeants et ses conséquences néfastes, une gestion calamiteuse, couplée à une corruption rampante, ont rivé le dernier clou au cercueil de cet État.
Le PSSN se propose de restituer à l’État ses fonctions régaliennes afin de le mettre en mesure de fournir aux citoyens, dont dépend sa légitimité, les services publics auxquels ils ont droit. Dans l’optique des rédacteurs du plan, seul un État restauré dans ses fonctions, disposant du monopole de la contrainte physique et de la fiscalité, une idée chère au politologue Sauveur Pierre Étienne: un État moderne est donc a même d’apporter les solutions appropriées a ces problèmes majeurs auxquels fait face la société comme : une formation de qualité accessible a tous et qui réponde aux défis fondamentaux du XXIe siècle, une couverture sanitaire nationale et efficace, des services publics accessibles sur n’importe quel point du territoire, une fonction publique dont le personnel est recruté sur concours, la décentralisation et la déconcentration des services de l’État, un environnement assaini, une diplomatie intelligente au service des intérêts du pays, etc. Le nouvel État à émerger des décombres du 12 janvier 2010 devra marquer la ligne entre les droits des citoyens, de l’homme de la rue jusqu’aux plus hautes autorités de la république, et leurs responsabilité s aussi. Il est illusoire de penser que les institutions peuvent fonctionner quand la majorité des citoyens se comportent comme dans une jungle parce que ne recevant pas la protection de l’État a laquelle ils ont droit.
Ce plan de 160 pages n’est pas la panacée à tous les maux qui affligent Haïti. En revanche, il est assurément jusqu'à date le meilleur document en circulation pour tenter de mettre le pays sur la voie de la modernité. Les quelques études (trop rares) de partis politiques que nous avons pu parcourir nous laissent sur notre faim. Par exemple celle de fanmi lavalas, Investir dans l’humain, parue en décembre 1999, est un Livre blanc ; c’est-a-dire un état des lieux, un inventaire des problèmes et surtout des ressources dont dispose le pays. Ce n’était pas difficile pour ce parti qui pouvait compter sur la soumission des hauts fonctionnaires ou des ministres du gouvernement de René Préval à l’ endroit du bienfaiteur Jean-Bertrand Aristide, pour accéder aux données qui lui étaient nécessaires à la réalisation de son livre blanc.
S’il y a un avant et un après le 12 janvier, on est en droit de croire, dorénavant, a un avant et un après le PSSN. C’est à l’honneur des hommes et des femmes qui, toutes disciplines confondues, ont investi généreusement leur temps, leur énergie et leurs compétences pour inventorier méticuleusement les besoins du pays, les chiffrer et indiquer surtout la façon de les financer. Le document a le mérite d’opérer une sorte de révolution dans les mœurs politiques haïtiennes en ce sens qu’il nous mettra, je crois, a l’abri du verbiage qui caractérise souvent les interventions de nombreux acteurs politiques. Désormais les politiciens haïtiens ne peuvent plus se contenter de lancer des slogans creux, des promesses fumeuses, irréalistes ou des mises en garde incendiaires en lieu et place d’une plateforme électorale et d’un programme de gouvernement. Les rédacteurs du PSSN ont rompu avec cette tradition et abordent les grandes questions nationales avec lucidité et une maîtrise de la situation du pays, de ses ressources internes et aussi des mécanismes de la coopération internationale. A mon avis, ils mettent la barre si haute que leurs adversaires vont devoir s’appliquer à proposer à leur tour un document de l’envergure du PSSN
Le temps ou un candidat à la présidence menait campagne, sillonnait la république sans expliquer pas même une seule fois à l’électorat, la raison pour laquelle il sollicitait son vote, ce temps est dépassé. Dès lors le candidat ne pourra plus masquer son incapacité à offrir une alternative valable en se livrant à des attaques ad hominem ou en colportant des rumeurs les plus farfelues sur le compte de ses adversaires. Il sera contraint d’énumérer les points de désaccord, affronter le débat politique, exposer clairement son programme en précisant le coût de ses promesses et la provenance de leur financement dans les limites des capacités d’absorption réelles du pays.
Nous nourrissons l’espoir que les éditorialistes, les analystes et les journalistes politiques se feront le devoir de cuisiner les hommes aspirant à diriger le pays sur le projet qu’ils soumettent à la nation. Nous le redisons que ce n’est pas faire de la politique que d’interroger un candidat ou un chef de parti sur le sérieux de son projet. Il y va de l’intérêt du pays. Et de la société haïtienne.