Panel Presentations

Sen. Edgard Leblanc Fils, « Les Partis Politiques et le Plan Stratégique de Sauvetage National »
Sen. Rudolph Boulos, Mettant le Plan en Oeuvre
Guichard Doré, Financement et Dévellopement
Pasteur Edouard Paultre, La Société Civile
Robert Bénodin, La Governance Démocratique

 

Edgard LeblanceSen. Edgard Leblanc Fils


« Les Partis Politiques et le Plan Stratégique de Sauvetage National »


Dimanche 25 juillet 2010, hôtel Embassy Suite de Boca Raton

Mesdames
Messieurs
Distingué-e-s invité-e-s

Il y a un an, j’ai été invité en qualité de Coordonnateur Général de L’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) à intervenir, à la Rencontre Patriotique pour une Stratégie de Sauvetage National, tenue à Santo Domingo, les 28 et 29 août 2009, sur le thème : « Les Partis Politiques et le Plan Stratégique de Sauvetage National ». Cette importante assise reconnaissait, dans les résolutions de synthèse, l’urgente nécessité de formuler un Plan Stratégique de Sauvetage National afin de :

· Refonder l’Etat-Nation et le mettre au service de l’intérêt général
· Formuler des politiques publiques susceptibles de faciliter le décollage de l’économie haïtienne et d’améliorer les conditions de vie de la population

Le document présenté officiellement à Port-au-Prince, le 29 mars dernier, ensuite à Washington, à New York et ce soir en Floride, semble tenir ses promesses:


OPLCertains le reprochent d’être un outil plutôt normatif. D’autres le trouvent très conventionnel et conformiste dans ses réponses a la question de la décentralisation du pouvoir d’Etat. J’ai déjà dit, personnellement, dans un document du Parti sur notre vision de la conjoncture actuelle, soumis a discussions au Directoire de la Plateforme politique « ALTERNATIVE PATRIOTIQUE POUR LE PROGRÈS ET LA DÉMOCRATIE » en avril dernier qu’il se trouvait entre le PSSN et les documents de base de l’OPL : son Projet Politique « Voies et Moyens pour Construire ensemble un pays pour tous » (avril 2000), son Ébauche de Programme de Gouvernement (septembre 2005), des similitudes de vue et d’orientation.

En effet, pour nous, un programme de gouvernement devrait « s’articuler autour des axes suivants :

Les politiques publiques définies et mises en œuvre dans le cadre de ce programme, les actions entreprises, les mesures législatives et réglementaires arrêtées doivent viser à

Les concepteurs du PSSN disent que le document ambitionne d’apporter les éléments utiles permettant de


Ces similitudes de vue et d’orientation que nous partageons avec le PSSN apparaissent très nettement dans le projet de dynamisation et de modernisation de l’économie nationale par la recherche de capitaux via des sources innovantes (pour utiliser un thème très apprécié par le Comite de rédaction et de pilotage).

En effet, le pays ne saurait continuer à survivre moyennant la générosité de la communauté internationale, la charité des ONG et la solidarité familiale des Haïtiens vivant à l’étranger. Il importe, tel qu’il est mentionné dans la vision stratégique du Projet Politique de l’OPL, intitulé : « Les voies et moyens pour construire ensemble un pays pour tous » (avril 2000) de :

1. Rechercher vis-à-vis de la communauté internationale une coopération féconde qui va au-delà de l’assistance qui, depuis des années, a englouti des millions de dollars sans rien changer aux structures économiques et sociales du pays. Une vraie coopération qui puisse arriver à canaliser vers Haïti un flux de capitaux et de technologie propre au décollage et à la croissance.


2. Établir un contrat social définissant les relations de partenariat entre l’État et la société pour une action économique efficace qui réfute les pratiques de l’étatisme inefficace et corrupteur ainsi que les fausses pistes déshumanisantes du néo-libéralisme et de l’exclusivisme du marché qui polarisent davantage la société.


3. Créer une synergie entre les ressources de l’État et celles de l’initiative privée, des coopératives, des ONG, de l’émigration et des institutions internationales, dans une démarche communautaire et participative qui mette en branle les populations pour la solution de leurs problèmes.

La construction du nouveau pays haïtien passe par un certain nombre de ruptures dans le vécu, les pratiques et la pensée des élites haïtiennes. En effet, tout comme il ressort des objectifs vises par les principaux axes stratégiques du PSSN, la plateforme politique ALTERNATIVE PATRIOTIQUE POUR LE PROGRES ET LA DEMOCRATIE dont l’OPL est une des composantes croit qu’il est impératif, pour sortir de l’impasse et « accéder au mieux-être collectif dans une société culturellement désaliéné, économiquement progressiste, socialement juste et politiquement démocratique », de réaliser, dans notre vie de peuple, cinq (5) ruptures fondamentales :


1. Rupture avec l’État traditionnel et néo patrimonial par la mise en place effective des bases pour la construction d’un État de droit démocratique


2. Rupture avec l’économie de rente axée beaucoup plus sur la prédation que sur le travail productif et le développement par l’amélioration durable de la situation économique nationale et des conditions de vie de la population


3. Rupture avec la gestion calamiteuse de l’environnement national par l’aménagement du territoire, la protection des bassins versants, le contrôle de la population


4. Rupture avec le positionnement sur l’échiquier international basé sur une posture nationaliste mais qui assimile la dépendance politique du pays à une fatalité par le relèvement de la dignité nationale et la reconquête de notre souveraineté


5. Rupture avec la mentalité politique archaïque axée sur le mysticisme, le clanisme, l’exclusion qui encourage l’apathie sociale tout en renforçant la gouvernance autocratique et arbitraire par une gouvernance démocratique visant la modernisation de la vie politique en Haïti.

L’ampleur des problèmes accumulés oblige qu’il soit fait appel à l’ensemble des Haïtiens et Haïtiennes à la recherche d’un indispensable consensus pouvant assurer la convergence de la Nation vers un même objectif de développement humain. Le document dit Plan Stratégique de Sauvetage National est offert à la nation dans ses composantes plurielles. Il peut être modifié pour mieux répondre aux aspirations et préoccupations diverses et constitue un outil de mobilisation pour la refondation de l’Etat-Nation.

Cette question importante de la construction d’une nouvelle Haïti ou de la refondation nationale s’inscrit dans le cadre d’un projet politique dont la mise en œuvre suppose avant tout la conquête et l’exercice du pouvoir. Pour y parvenir, la stratégie doit nécessairement refléter cet aspect essentiel du projet de construction du pays sur de nouvelles bases.

Elle revêt une double approche :

A cet égard, les partis politiques et les organisations de la société civile partageant cette vision commune de la nouvelle Haïti se concertent et identifient les catégories sociopolitiques porteuses de ce projet. Ils définissent la place des masses rurales et urbaines, celle des classes moyennes, des femmes, des jeunes, du secteur privé des affaires, des intellectuels et de la diaspora dans ce projet de refondation du pays et de construction d’une alternative au pouvoir. Il incombe à tous les secteurs de l’intérieur et de la diaspora impliqués dans le projet de modernisation du pays de mobiliser la population à cette fin.

Ainsi, le rapport de forces sur l’échiquier politique sera modifié, et le pouvoir d’Etat pourra être conquis par une équipe d’hommes et de femmes intègres, courageux, conscients de la gravite de la situation et mus par le souci du bien-être collectif de la population, qui pourront mettre en œuvre le projet modernisateur pou l’avènement à moyen et à long terme de la nouvelle Haïti.

Permettez-moi pour conclure, de féliciter les membres du Comite et de les remercier pour l’invitation qui m’a été adressée.

Merci.

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Sen Rudolph Boulos Sen. Rudolph Boulos

Mettant le Plan en oeuvre

 

« My Palace has Collapsed », première déclaration du président de la république apres le 12 janvier au journaliste de CNN.
Le Professeur Jared Diamond de UCLA a ecrit dans son livre Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed  (New York: Viking, 2004) que les societes qui dirigent mal leur environment sont condamnes a disparaître.
Dan  Erickson de Inter american Dialogue a fait une declaration a une presentation sur Haïti au CSIS de Washington DC, en presence de l’ambassdeur Raymond Joseph, « Le gouvernement Haïtien est une Coquille Vide », donc une Callebasse vide et le 12 Janvier, le tremblement de terre a casse la coquille, elle etait bien vide.

Mesdames et Messieurs

Il y a 11 mois depuis que s’est tenue la rencontre patriotique pour le sauvetage national. Réunion au cours de laquelle, les Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora ont fait un diagnostic sans complaisance des problèmes qui tracassent le pays et ont esquissé les éléments de solutions en vue de répondre aux besoins multiples de la population.

Bousculant les habitudes de pensée et les comportements qui depuis des années plaçaient la planification globale au second rang dans les grandes réflexions de changement programmatique de la société, les rédacteurs du Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN) ont voulu rompre avec ce modèle ancien qui nous a coûté si cher en multipliant les petits projets sans cohérence à travers le territoire national.

Le PSSN est une réponse appropriée aux problèmes macro institutionnels, économiques, sociaux et environnementaux du pays. Le document traduit une vision et une pensée créatrice. Le PSSN trace les grandes lignes du débat national. Après le 12 janvier, nous devons sortir du cercle d’appauvrissement intellectuel, d’étroitesse de vue et de petits projets. Le PSSN voit Haïti avec Grand H et dans une vision républicaine, construite qui assure un avenir prometteur à la population. Le PSSN est porteur d’un projet démocratique et de développement global de la société. Le PSSN traduit une vision de société articulée autour des valeurs républicaines de progrès et d’humanisme afin de changer Haïti. Le PSSN est un canevas indiquant les voies à suivre pour réorienter le cours des événements et mettre progressivement Haïti au diapason des Nations-sœurs de la Caraïbe. Le PSSN s’inscrit dans une logique de renforcement des capacités institutionnelles de l’État et dans un projet novateur de développement économique et de transformation sociale. Il comporte des propositions permettant au pays de mieux négocier ses axes de coopération et de tisser de nouvelles relations bilatérales avec ses voisins.

Le document dit comment doit-on s’y prendre pour impliquer la diaspora dans un partenariat stratégique de développement et ce qu’il faut faire pour que Haïti puisse bénéficier d’une solidarité internationale à la dimension d’un Grand Plan de construction de l’état, actualisé et étalé dans le temps. Cette solidarité, rappelons-le, doit se traduire en termes de prêts, de dons, d’argent, de matériels, de biens d’équipement et d’assistance technique venant en appui aux efforts nationaux qu’il convient de déployer pour la construction du tissu économique, social, technologique et institutionnel évoluant dans un contexte spatiotemporel résolument tourné vers le développement durable.

Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens, le Plan Stratégique de Sauvetage National comme œuvre de l’esprit, est une construction intellectuelle réaliste de l’avenir d’Haïti. Il indique les choix à faire et les voies à suivre (le Que faire et le Comment faire) pour :
a) changer structurellement la société ;
b)  refonder et moderniser l’État, déconcentrer et décentraliser le pays,
c) assurer la sécurité, l’attractivité et l’animation économique du territoire, promouvoir la croissance économique, restaurer et préserver l’environnement, nourrir la population, maîtriser la pression démographique, combattre la pauvreté et l’exclusion ;
d) assurer le développement humain, garantir l’intégration et l’implication des divers secteurs dynamiques de l’économie, promouvoir et institutionnaliser la démocratie, respecter les droits de l’homme et  prendre en compte l’équité du genre dans les politiques publiques. 
e) Créer une Banque Supranationale de Développement et de  Reconstruction, créer un marché financier et financer le développement national.

Le Plan Stratégique de Sauvetage National met l'État, la Nation, la République et le développement global de la société haïtienne au-dessus des oppositions binaires traditionnelles droite/gauche, Noirs/Mulâtres, bourgeois/prolétaires, riches/pauvres, intellectuels/analphabètes, paysans/citadins, de même que des querelles politiciennes suicidaires. L’esprit qui sous-tend la rédaction du Plan repose exclusivement sur l’intérêt général, le Bien commun.

Dans une hypothèse optimiste, le PSSN prévoit un investissement de l’ordre de $100 milliards sur une période de 25 ans pour changer Haïti. Cette somme équivaut à un investissement de $4 milliards par an, soit un investissement annuel de $444,4 par citoyen. Du nouveau né au vieillard.

Mesdames et messieurs, les diagrammes présentés dans le Plan Stratégique de Sauvetage National répondent à deux questions : QUE FAIRE et COMMENT FAIRE

Mes chers compatriotes,
 
Pour moderniser le pays, en mettant en œuvre le Plan Stratégique de Sauvetage National, il nous faut convaincre le peuple, le porter à  identifier les candidat aux parlement et à la présidence qui peuvent adopter des mesures susceptible de refonder l’État, mettre en place le processus de la décentralisation, libérer la croissance et promouvoir le développement socioéconomique, élargir et intégrer les diverses filières de l’économie nationale dans un cycle de croissance et de prospérité partagée.

La Politique est definie comme un jeu dans le lequel il faut gagner,
Un debat, ou il faut convaincre, Un Combat qu’il faut gagner.
Nous avons gagne le debat avec le PSSN, le PSSN a su Convaincre, avec votre presence en si grand nombre.  Pour vaincre dans le Combat, c’est la mobilisation et le grand Kombit qui devra le porter au Timoun des Affaires.

Le progrès est toujours un produit de l’esprit. Le PSSN en est un, alors lisons-le, saisissons-le, adoptons-le et appliquons-le…
 
Rudolph Henri Boulos

 

 

 

Guichard DoréGuichard Doré


Financement du Développement


Mécanismes de la Banque Supra Nationale, Source de Financement

(Aussi disponible comme Powerpoint Presentation)

- Trouver des moyens innovants pour financer le développement national, éviter les tracasseries interminables des bailleurs traditionnels, développer l’investissement privé et financer les grands travaux publics exigent la définition d’une stratégie de financement du développement.

- Depuis plusieurs décennies, le pays fait face au difficile problème du financement du développement. Après l’échec de la BNDAI, la politique gouvernementale a paralysé les actions tendant à trouver des moyens innovants pour financer le développement national. L’échec de la BNDAI doit servir de leçon aux nouvelles initiatives de financement du développement en Haïti.

- À l’étranger, l’expérience des Banques de Développement se poursuit. Le Mali a déployé des efforts pour trouver des financements afin de relancer son économie. Il mobilise l’épargne intérieure et fait appel aux capitaux externes. Tenant compte de l’ampleur de ses besoins, la Banque de Développement du Mali (BDM-SA) et d’autres institutions de financement du développement ont été créées. L’Afrique du Sud a créé la Banque de Développement d'Afrique du Sud, institution de développement appartenant entièrement à l’État sud-africain. Elle se spécialise dans les investissements et la recherche des partenariats publics et privés dans le cadre du financement des projets de développement. Le président José Eduardo Dos Santos a créé, en 2006, la Banque de Développement Angolais (BDA) dont l’objectif est de stimuler les investissements et de soutenir le secteur productif en finançant les programmes, les projets, les travaux et les services. La BDA est un instrument financier d'exécution de la politique de développement et d'investissement du gouvernement. On ne saurait ne pas mentionner la « China Investment Bank » ayant joué un rôle formidable dans le miracle chinois.

- Ailleurs, les banques de développement, instruments financiers de plus en plus innovants, font leur apparition comme outils efficaces de financement du développement. La mobilisation des ressources financières est une condition nécessaire à tout processus de développement économique et social. Elle implique, en premier lieu, la mobilisation des ressources intérieures, publiques ou privées, de chaque pays et de chaque région. Elle suppose tout à la fois l’existence de systèmes bancaires et de régimes fiscaux efficaces et équitables.


Un événement qui pousse à réfléchir autrement


- Après la catastrophe du 12 janvier 2010, la reconstruction est une nécessité. Une fois pour toute, Haïti doit réaliser des projets pour changer radicalement la cadence de la vitesse de son développement, laisser définitivement sa situation de croissance molle et faire émerger une économie environnementalement et socialement durable.

- Tenant compte des expériences du passé et du manque de crédibilité de l’État, il faut trouver des solutions innovantes et réalistes afin de créer une institution ayant la capacité de mobiliser des fonds pour le développement et la reconstruction du pays.

- Une structure à capitaux haïtiens exclusifs n’aura pas la capacité de répondre aux enjeux et aux défis du développement et de la reconstruction nationale. Pour y arriver, il faut faire appel aux capitaux étrangers et aux expériences des banques multilatérales de développement. Dans cette logique, la création d’une Banque Internationale de Développement et de Reconstruction d’Haïti (BIDRH) s’impose comme moyen pour pérenniser les effets de l’engagement de la communauté internationale en Haïti et financer les activités du développement.

Le risque de la Reconstruction
- Les activités de la reconstruction, même si elles peuvent faciliter l’entrée des fonds dans le pays, comportent le risque élevé d’un fort taux de retour de cet argent à l’étranger. Deux raisons expliquent ce phénomène.


- D’abord, les entreprises nationales participant à hauteur de 50% du PIB ont été anéanties par le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : elles ne seront donc pas bénéficiaires des activités de la reconstruction.


- Ensuite, la faiblesse des institutions nationales de formation professionnelle les empêche de fournir dans l’immédiat une main-d’œuvre qualifiée rapidement employable pour participer aux activités de la reconstruction. Les efforts de la communauté internationale risquent de ne pas avoir des retombées économiques et sociales positives et durables pour Haïti si le taux de retour de l’argent de la reconstruction oscille autour de 70%. Ce risque est d’autant plus élevé qu’une bonne partie des matériaux de construction viendra de l’étranger ainsi que le personnel de conception et technique. Donc, les efforts de recapitalisation des paysans et des producteurs locaux sont pratiquement faibles avec le train de la reconstruction tel qu’il est actuellement envisagé.
- Comment ne pas faire l’effort de trouver et de proposer une formule pour pérenniser les efforts consentis par la communauté internationale en Haïti dans le cadre du projet de la reconstruction. Y penser c’est mettre en place des mécanismes pour y arriver.
La Banque Internationale de Développement et de Reconstruction d’Haïti (BIDRH)
- La Constitution d’une Banque mobilisant les ressources internes et externes pour accompagner le développement du pays s’impose comme la condition sine qua non du succès de l’entreprise de reconstruction et de développement de l’Haïti de l’après 12 janvier 2010.
- Sortir Haïti du marasme actuel nécessite de la part des Haïtiens l’esprit d’ingéniosité et d’innovation. Il faut transcender les démarches traditionnelles et les veilles habitudes qui ont conduit au naufrage national.
- Pour assurer le financement de son développement, Haïti doit trouver des stratégies pour unir la générosité de la communauté internationale aux ressources internes. D’où la nécessité de définir un cadre rationnel de financement du développement national par l’établissement d’une Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti en vue de collecter les fonds nécessaires pour le financement de projets d’intérêt collectif (équipements collectifs, logements sociaux) mais aussi pour accorder des prêts à plus ou moins long terme aux agriculteurs, commerçants, industriels, collectivités territoriales,
Un partenariat dynamique qui dépasse les handicaps du passé
- Le développement est un processus complexe et compliqué exigeant des investissements massifs de fonds. Dans cette optique, et au regard des missions de la BIDRH, l’État doit participer au capital de l’institution.
- La Banque de la République d’Haïti peut, au nom de l’État haïtien, être actionnaire de la BIDRH. La BIDRH est un consortium mobilisant des fonds publics et privés. Les institutions multilatérales spécialisées dans le financement du développement : Banque Interaméricaine de Développement, Banque Mondiale et Banques étrangères participeront à la constitution du capital social de la BIDRH. Des agences bilatérales et multilatérales de développement peuvent apporter des fonds dans le cadre du financement des projets de la Banque. Les fonds éthiques, le mécénat et les fondations, dans le cadre des projets spécifiques, seront appelés ou sollicités afin de trouver des fonds additionnels pour pérenniser les actions de la Banque
Structure organisationnelle respectant les normes
- La Banque Internationale de Développement et de Reconstruction d’Haïti est une société anonyme dirigée soit par un Conseil d’Administration ou un Directoire avec Conseil de Surveillance dotée d’une totale autonomie de gestion.
- Les institutions financières internationales qui prennent participation au capital de la BIDRH siègeront au Conseil d’Administration. Cette Banque sera gérée à l’abri des turpitudes politiques haïtiennes. Le Président-Directeur Général sera un Haïtien compétent et expérimenté.
- La Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti aura une structure organisationnelle, transparente, sérieuse et efficace au même titre que les grandes banques étrangères.
- Elle sera certifiée ISO (International Standard Organisation), appliquant ainsi les principes de management par la qualité. Elle sera auditée chaque année. Les conditions d’accord de crédit seront transparentes et réglementées.
- Le risque de crédit sera géré de façon efficace. Tous les prêts accordés seront couverts par un mécanisme d’assurance contre le risque de défaut de l’emprunteur (incapacité de rembourser, ne pas payer ses annuités à temps).
Un financement du développement assuré
- La BIDRH entend dépasser la vision traditionnelle actuelle de la fonction de banque pour inscrire ses actions dans un cadre résolument tourner vers le financement des activités de développement économique et social.
- La BIDRH sera une banque de crédit, une banque d’investissement et de promotion de développement économique et social. Dans ce sens, elle sera propriétaire en totalité ou en partie des sociétés de construction de route (système de péage), des sociétés immobilières (logements sociaux, bureaux pour entreprises), compagnies maritimes (ferries desservant les îles adjacentes, assurant le transport de marchandises au sein de la CARICOM), aériennes (desservant les grandes mégapoles où résident les Haïtiens de la diaspora), etc.
- La Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti aura un portefeuille d’actifs diversifiés diminuant ainsi son risque d’investissement tout en satisfaisant les besoins collectifs.

Le Grand Emprunt National

- L’importance du grand emprunt national en direction principalement de la diaspora, et pas uniquement, vise à utiliser la force de la diaspora haïtienne dont les dirigeants n’ont suffisamment pas conscience.
- L’idée de Bons de développement est la meilleure façon de mobiliser une partie de l’épargne des Haïtiens. Il ne s’agit pas de donner mais de prêter pour une durée bien déterminée.
- Israël ne pouvant pas lever des fonds sur les marchés financiers a eu recours à l’argent de sa diaspora via des bons d’État. L’Inde fit pareil. Des moyens incitatifs (Vote des Haïtiens à l’étranger via leur ambassade, rétention d’un mois de salaire pour souscrire l’emprunt pour le président de la République, PM, ministres, parlementaires, DG, etc.), la mise en avant du patriotisme haïtien, le désir de vivre ensemble feront à coup sûr le succès de ce Grand Emprunt. Ces moyens incitatifs ont été mis en évidence par Dilip Ratha qui reconnaît en cette approche un moyen sûr et stable de financement.
- Une fois que le fonds placé dans l’opération du Grand Emprunt arrive à maturité, chaque souscripteur aura la possibilité soit de retirer son argent soit de devenir copropriétaire des entreprises appartenant à la Banque en acquérant des actions à prix préférentiel pour le montant équivalent aux bons souscrits.

Un Financement socialement responsable

- Fonds Citoyen du Monde. Il est constitué de la contribution directe des citoyens étrangers intéressés à l’effort de développement des zones marginales en Haïti.
- Fonds Pour l’Environnement. Il sera alimenté par les contributions directes des institutions, fondations et Etats qui financent les activités de protection de l’environnement
- Fonds de Solidarité Générationnelle. Il est constitué de la contribution de $20 des citoyens bloqués pour 10 ans et de 1% des ressources minières du pays.
- Fonds Ethique. Il est alimenté par les organisations religieuses, philanthropiques, les fondations, le mécénat.
- Fonds de Libertés Féminines. Il sera alimenté par les institutions et organisations intéressées à la question de genre et celles qui font la promotion du plein épanouissement de la femme.
- Fonds Quartier Digne. Il sera alimenté par les collectivités territoriales étrangères intéressées aux questions d’assainissement des villes des pays du sud et par les organisations et les mécènes privilégiant les investissements dans le logement social.

Alliance Avec les Banques Multilatérales de Développement

- La Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti sera un consortium, ce qui implique la participation d’autres institutions à son capital comme la BID, le secteur privé haïtien, Banque Mondiale, les fonds multilatéraux d’appui au développement et les agences bilatérales de développement, etc. Les fonds éthiques seront vivement recherchés pour le financement des projets sociaux. Les fonds étrangers destinés à la protection de l’environnement seront activement recherchés dans le cadre du financement des projets environnementaux.
La Banque et les objectifs du millénaire pour le développement
La Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti, du fait de son objectif intrinsèquement tourné vers le développement, participera à la lutte contre la pauvreté en vue d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement. La BIDRH va agir sur les différentes variables explicatives de la pauvreté en Haïti :
a) Emploi. À l’aide du financement des activités d’entreprises porteuses des projets générateurs d’emplois dans les zones défavorisées, la BIDRH contribuera à réduire la pauvreté en donnant des emplois dans le secteur productif aux gens.

b) Éducation. Elle est une priorité de la Banque. Les études en économie de l’éducation ont prouvé que l’éducation entant que capital incorporé à la personne, est une condition fondamentale du développement économique et social. La Banque financera les projets de scolarisation universelle pour les deux sexes. Véritable interlocutrice des institutions multilatérales intéressées au secteur social, la BIDRH soutiendra les projets de formation professionnelle et d’enseignement technique. Sans des techniciens et des professionnels qualifiés, il sera difficile d’atteindre le développement et de bâtir durablement une Nation haïtienne socialement juste et environnementalement responsable. L’alphabétisation est un handicap au progrès social et au développement économique. La Banque financera des programmes d’alphabétisation débouchant sur l’insertion professionnelle. Des bourses d’études universitaires aux méritants venant des groupes sociaux en difficulté économique feront partie de la politique d’intervention sociale de la Banque.

c) Agriculture. Elle est une activité qui emploie 60% de la population active en Haïti. Bien que participant à hauteur de 25% du PIB, l’agriculture, comme vecteur de la croissance, est négligée depuis trois décennies. À la clé, on a l’exode rural, la bidonvilisation accélérée du pays, la détérioration des ressources collectives en milieu urbain et la violence dans les quartiers populaires. Sans la paix et la nourriture, il n’y aura pas de progrès. La Banque financera les projets agricoles. Elle participera au renforcement des capacités des petits exploitants agricoles par des appuis soutenus en vue de faciliter leur accès aux intrants notamment l’engrais, les fertilisants, l’insecticide, les semences améliorées, le matériel végétal, la pompe et station de pompage de l’eau, les canaux d’irrigation etc. La Banque donnera un accès aisé et sécurisé aux agriculteurs à travers son bureau de crédit rural. Elle fournira aux producteurs des informations relatives à l’évolution des prix des produits agricoles sur le marché national et international. Elle offrira aux producteurs des possibilités de connexion efficace aux réseaux et aux circuits mondiaux de distribution et de commercialisation. Les investissements dans le monde rural doit permettre de bancariser les ménages ruraux et les exploitants agricoles ; moderniser l’agriculture grâce à l’actualisation des études disponibles et à la vulgarisation des résultats des études nouvelles; maîtriser l’eau ; assurer une culture attelée et mécanisée ; réaliser des grands aménagements agricoles avec ouvrages d’œuvre pour la régulation de l’eau.

d) Micro crédit, outre le financement des petits projets et le financement des toutes petites entreprises (TPE) et les PME de transformation des produits agricoles, le crédit de la Banque vise le développement de l’autonomie des femmes et l’égalité des genres. En fournissant du crédit aux femmes rurales impliquées dans la commercialisation des produits et denrées agricoles, la Banque vise la réduction de la pauvreté.

e) Énergie renouvelable. Le remplacement du charbon de bois comme principale source d’énergie pour la cuisson des familles sera une priorité de la BIDRH. Dans sa stratégie de développement durable, la Banque, avec l’appui de ses partenaires multilatéraux et bilatéraux, aidera les familles à s’équiper des réchauds améliorés et des sources d’énergies alternatives aux bois et au charbon. La Banque financera des projets d’électrification des zones rurales.

f) Environnement. La croissance durable est une croissance qui prend en compte la dimension environnementale de la richesse. La Banque financera les projets environnementaux non seulement pour assurer la santé de la population économiquement viable mais également pour assurer la pérennité de la croissance. Les investissements consentis ne seront pas durables si l’environnement continue à se détériorer. Le lutte contre la désertification et le changement climatique ne sera pas indifférente des actions de la Banque. La promotion d’une économie environnementale sera l’une des priorités de la Banque. En ce sens, la Banque soutiendra les exploitants et les producteurs des alimentations biologiques. La Banque, avec l’appui de ses partenaires internationaux, accordera une importance au projet visant à accroître les superficies boisées pour participer à la création des puits de carbone et aider ainsi à augmenter le potentiel de séquestration dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de Copenhague sur le Changement Climatique. La Banque va encourager, dans le cadre des projets spécifiques appuyés par les fonds multilatéraux, les projets d’atténuation des effets de gaz à effet de serre. Elle financera les entreprises spécialisées dans les énergies propres.
g) Eau. La Banque va appuyer et financer les projets pour une gestion durable des équipements d’hydraulique rurale et le système d’adduction d’eau potable.

h) Logement. Le logement est à la fois un instrument de promotion sociale et un investissement économique. Quand le BTP va, tout va. Le financement des projets de logement respectant les normes de construction et notamment les normes parasismiques sera assuré par la banque.

i) Partenariat. Un partenariat mondial pour le développement peut aider la Banque à trouver des fonds plus faciles pour financer les activités de lutte contre la pauvreté en milieu rural. Dans ce sens, la Banque développera des stratégies pour impliquer les fondations, les gouvernements étrangers et les mécènes dans le financement des projets à impacts sociaux et générateurs de revenus tout en assurant la promotion du développement durable. Le financement interne du développement et la lutte contre la pauvreté exigent la mobilisation de fonds externes et des fonds innovants moins contraignants. En ce sens, la Banque déploiera ses efforts pour obtenir les financements éthiques, la solidarité et les partenariats avec les institutions financières internationales engagées dans la lutte contre la pauvreté.

Une Banque au service du développement du secteur privé
La Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti va :
a) prendre des participations dans les entreprises stratégiques du pays ;
b) apporter des financements sous forme de prêts et de prise de participation ;
c) soutenir le développement des entreprises ;
d) aider à redresser les entreprises par le partage de savoir-faire en matière de gestion d’entreprise ;
e) intervenir dans le tourisme, le transport, l’agriculture ;
f) contribuer à la croissance économique durable et à la diversification des recettes extérieures du pays ;
g) encourager la création des emplois productifs en milieu rural pour limiter l’exode des jeunes ;
h) contribuer à la bancarisation du pays et à lutter contre l’inflation ;
i) contribuer à l’équilibre de la balance des paiements ;
j) mobiliser l’épargne locale et mieux l’orienter dans le moyen et le long terme ;
k) mettre en confiance les porteurs de projets afin d’augmenter les investissements directs étrangers (IDE) ;
l) faire de la BIDRH la plus grande banque de financement rural de la Caraïbe.

Une Démarche de développement
La Banque Internationale de Développement et de la Reconstruction d’Haïti, pour être plus efficace, cherchera à focaliser ses efforts sur l’appropriation des stratégies nationale de développement d’Haïti, par :
- l’examen rigoureux du Programme Indicatif National (PIN) des agences multilatérales de développement (UE, BM, BID, PNUD, BCD), par la maîtrise des programmes directeurs des agences bilatérales de coopération au développement (USAID, ACDI, AFD, AECI, etc.).
- le ciblage des fonds éthiques des pays de l’Amérique et de l’Europe du Nord. En collaboration avec les départements techniques des ministères.
- la BIDRH analysera les documents de politique nationale de développement. Elle s’appropriera les politiques des bailleurs de fonds internationaux d’Haïti et leurs domaines d’intervention.
- la banque mettra ses interventions en adéquation avec les objectifs macro-économique de la politique nationale de développement, en symbiose avec les visions des différents partenaires de développement d’Haïti. C’est fort de ces outils que la BIDRH pourra peaufiner ses plans d’action sur le terrain. Ce plan d’action vise la proximité des exploitations agricoles, la conception et la vente des produits bancaires adaptés aux capacités de revenu des exploitations agricoles, l’appui à l’appropriation des politiques nationales de développement par les ruraux et les exploitants agricoles, l’encouragement à la consommation des produits bancaires par les ruraux, l’insertion des producteurs ruraux dans le secteur bancaire pour une meilleure visibilité et prise en compte des intérêts de la Nation.

Stratégie de communication

- Impliquer les médias internationaux, les artistes dans le dispositif visant à vendre le projet
- Faire appel à un cabinet de marketing et de communication
- Rechercher l’expertise des retraités

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Edouard PaultrePasteur Edouard Paultre

La Société Civile Haitienne et le
Plan Stratégique de Sauvetage National


Pacte Intergénérationnel de Progrès et de Prospérité Partagés 2010 – 2035

Floride le 25 Juillet 2010

Qu’il me soit permis de remercier ceux et celles qui m’ont fait l’honneur de m’inviter à prendre part à cette séance de présentation du PSSN à nos chers concitoyens de la Floride. Ma présence à la « Rencontre patriotique pour une stratégie de sauvetage national » tenue à Santo Domingo l’an dernier, m’a porté à développer un intérêt particulier pour le contenu du plan, à avoir de l’admiration pour ceux et celles qui ont participé à sa conception et son élaboration et enfin, à penser à une belle perspective de collaboration avec ceux et celles qui croient et qui travaillent à sa mise en oeuvre.

Ma présentation tourne autour de trois points :

1. Premièrement, je donnerai une appréciation personnelle du PSSN ;
2. Deuxièmement, je parlerai des valeurs fondamentales sur lesquelles le PSSN devra être mise à exécution ;
3. Finalement, je présenterai le PSSN dans la conjoncture politique en Haiti.

D’abord, mon appréciation personnelle du PSSN

Je voudrais saluer dans un premier temps, l’esprit dans lequel le PSSN a vu le jour, esprit de collaboration, esprit d’ouverture, esprit de rassemblement, esprit patriotique qui ont permis de mobiliser tant de ressources humaines et tant de compétences. Le PSSN est une œuvre qui fait honneur à ses promoteurs, à ses commanditaires, car il a su rassembler les haitiens d’horizons politiques et sociaux les plus divers. C’est donc dans un effort collectif que le PSSN a vu le jour. C’est aussi dans un grand effort collectif qu’il pourra être mis à exécution.

Ensuite, je voudrais mettre le projecteur sur la vision qui se cache derrière le PSSN, vision sociale, vision économique, vision politique:

Vision sociale

Le PSSN, sur le plan social, crée le cadre pour le développement d’opportunités pour les couches sociales les plus défavorisées. On sait que c’est le plus grand mal fait à la population haitienne depuis deux siècles. Les investissements dans le secteur éducatif n’ont pas été suffisants, pendant que la population croit de manière vertigineuse. Je suis personnellement convaincu que c’est le chantier social le plus vaste à ouvrir et qui pourra assurer le plus rapidement et le plus spéctaculairement possible les réparations sociales. D’autres avaient promis la justice sociale et ont occupé le pouvoir depuis plus de vingt ans, mais les résultats sont là. Si on va plus loin avec l’analyse, on verra que le PSSN, à travers sa vision sociale, privilégie les investissements sociaux à la place de cette culture d’assistanat qui s’installe de plus en plus dans les pratiques gouvenementales haitiennes, dans le partenariat que développent les autorités haitiennes actuelles avec les institutions et agences financières internationales de développement.

EconomyVision économique

Sur le plan économique, le PSSN met l’accent sur les axes qui doivent constituer les moteurs de la croissance : l’agriculture, l’industrie, le tourisme. D’autres depuis plus de vingt ans on a fait croire au peuple que « grès kochon an ka kwit kochon an ». La réponse du PSSN tombe à pic, il faut libérer la croissance. Cette croissance ne peut venir que par l’investissement public et privé, l’investissement public accompagnant les investissements du secteur privé. Ces choix économiques permettront selon le PSSN la création massive d’emplois, une condition indispensable d’installer Haiti dans un processus de développement durable. Le PSSN est suffisamment audacieux au plan économique pour que finalement dans notre pays, les paramètres économiques soient les premiers à prendre en compte dans la prise de décision au plus haut sommet de l’Etat.

Vision politique

Sur le plan politique, je salue aussi la vision projetée par le PSSN. Les réformes promises sont capables d’établir le cadre pour la modernisation de l’Etat, garantir l’accès aux services de base, mettre en œuvre une gouvernance équitable. Les dispositifs législatifs de support aux secteurs social, économique et à la modernisation de l’Etat indiquent clairement la volonté du PSSN de considérer et de prendre en compte toutes les dimensions de la problématique haitienne.

Venons-en maintenant, aux valeurs fondamentales sur lesquelles le PSSN devra être mise en œuvre.

Le PSSN n’a pas énuméré clairement les valeurs qui doivent constituer les fondations nouvelles sur lesquelles Haiti devra se construire. Mais en lisant le document, on voit transpirer ces valeurs. Je voudrais mettre l’accent sur trois valeurs fondamentales pour édifier la nouvelle Haiti :

Le leadership et la bonne gouvernance

Sur le leadership et la bonne gouvernance, un simple regard jeté sur Haiti, à travers son histoire de peuple libre, et à la perception du peuple sur ceux et celles qui le gouvernent, permet d’avancer qu’il y a eu une mauvaise gouvernance dans ce pays. Or, leadership et bonne gouvernance marchent de pair. Un leadership responsable crée et maintient la confiance entre gouvernant et gouverné, définit les politiques publiques, oriente, dirige, montre le chemin. Le leadership responsable conduit, emmène au développement durable, grâce et au moyen de la bonne gouvernance.

Je suis persuadé qu’à travers la promotion que nous faisons du PSSN, qu’il fallait parallèlement et inlassablement travailler à la constitution, à la formation et à la promotion d’un leadership responsable pour une bonne gouvernance dans le pays. A ce propos, je suggère aux promoteurs du PSSN, vue le niveau actuel de couverture forestière du pays (moins de 2%), de se fixer comme objectif, qu’en l’année 1 de mise en œuvre de cet agenda, le gouvernement améliorera la couverture végétale de 2% chaque année. Ainsi donc, au bout de cinq ans de gouvernement, le pays aura une couverture forestière de 12%. Sans ce leadership responsable, le PSSN est voué à l’échec.

La justice

Sur la justice, affirmons que c’est un sujet éthique de grande importance pour toute communauté humaine. Quand la justice est bien distribuée dans une société, c’est un signe de progrès, de maturité politique, sociale et administrative. Un bon fonctionnement de la justice réfère à la prise en compte de l’intérêt général dans une communauté donnée. Par contre, quand dans un pays, on signale des dysfonctionnements au niveau de la justice, cela ouvre la voie à la déchéance, à la corruption, au clientélisme, à toute sorte de dérives et combines sociales, économiques et financières.

Cette justice distributive est promue dans une réforme de l’appareil judiciaire. Or, le PSSN propose non seulement une réforme de la justice distributive, mais capitalise aussi sur la justice sociale. Je souligne donc, qu’à mon humble avis, que le PSSN en mettant l’emphase sur une des valeurs fondamentales et régénératrices pour la société haitienne, je veux citer la justice distributive et la justice sociale, constitue en soi un agenda sérieux, crédible et réformateur capable de développer un intérêt de plus en plus croissant au sein de l’opinion publique et de l’électorat haitien.

L’intégrité

Une autre valeur sur laquelle la nouvelle Haiti devra se fonder et se reconstruire est l’intégrité. Notre pays traverse une crise d’intégrité profonde. Tous les secteurs de la vie nationale en sont affectés—la politique, les transactions dans les affaires, les relations sociales et tous les aspects de la société Haitienne. C’est en vérité une grave crise culturelle. Cette crise se manifeste à travers la pratique et la tolérance de la corruption, du mensonge, de l’injustice, des abus et de l’exploitation. Cette situation nous interpelle tous et toutes.

Cette crise d’intégrité est particulièrement évidente dans la vie politique Haitienne. Les rapports annuels de Transparency International sur la percéption de corruption représentent des indicateurs significatifs. En effet, depuis 1995, Transparency International publie un rapport annuel, Indice de Perception de la Corruption, qui exprime la perception des milieux d'affaires sur les niveaux de corruption des administrations et de la classe politique de 180 pays. A travers les ans, Haiti se range parmi les pays les plus faibles; en 2009, notre pays fut placé en 168ème position—le pays de l’Hemisphère occidental ayant obtenu le score le plus bas.

Si la question de l’Intégrité n’a pas été soulevée directement par le PSSN, il faudra la prendre en compte et promettre que ce plan, s’il est appliqué par un pouvoir sérieux, crédible et honnête fera gagner 10 points à Haiti chaque année par le rapport de Transparency International. Ainsi, en prenant cet engagement, en l’an I, de la mise en œuvre du PSSN, Haiti partira de la 168e position, pour passer 5 ans après, à la 128e place du classement mondial. C’est un engagement sollennel à prendre par l’équipe qui fait la promotion du PSSN et dans les négociations politiques qui devront tôt ou tard s’ouvrir pour la mise en œuvre de cet agenda.

Pour finir, parlons du PSSN dans la conjoncture politique.

Dans quelle conjoncture politique sommes-nous ? Nous sommes dans la dernière bataille entre ceux et celles qui veulent maintenir Haiti dans le statu quo et ceux et celles qui se positionnent dans le camp de la construction d’une grande alternative de gouvernance pour Haiti et travaillent inlassablement pour le changement.

Le PSSN s’est déjà positionné. Il est, selon moi, en rupture avec l’Etat traditionnel, en rupture avec une vision de régression économique, en rupture avec l’exclusion sociale, en rupture avec le populisme qui a confisqué le pouvoir en Haiti depuis vingt ans, en rupture avec un Etat mendiant qui s’installe honteusement dans l’asssistanat, en rupture avec des pratiques politiques malhonnêtes et de destruction.

Fort de cela, j’insisterai sur trois exigences sur lesquelles les promoteurs du PSSN doivent travailler en toute urgence :

Je terminerai ma présentation pour lancer un appel urgent et pressant aux forces politiques et démocratiques de se rassembler, de s’unir et de conclure rapidement une entente en vue de définir une stratégie commune face aux élections à venir. Si cela ne se fait pas, elles auront un prix fort à payer, ainsi que l’ensemble des démocrates du pays. Ceux et celles qui voudront s’engager unilatéralement dans ce processus en cours paieront un lourd tribut à leur entêtement, leur absence de jugement politique et en définitive elles feront le jeu des forces réactionnaires et du statu quo.

Edouard Paultre
Boca Raton
Juillet 2010.

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Robert BenodinLe PSSN outil de la gouvernance démocratique
Par Robert Bénodin


Je remercie ceux qui ont organisé cette rencontre et ceux qui sont venus participer à cette rencontre patriotique.

Au lendemain du 12 janvier, l’énormité du désastre a convergé toutes les attentions vers les aides humanitaires et la reconstruction physique de la capitale. La réunion de Montréal a déterminé la portée du projet. La réunion des Nations Unies a déterminé le coût, la politique, l’agenda, le calendrier d’exécution et accepté les engagements des donateurs.

Il est évident que les milliards de dollars alloués à la reconstruction apporteront sans aucun doute au chevet d’Haïti la science et la technologie les plus avancées et les plus sophistiquées du monde. Cependant, est-ce que ces milliards par eux-mêmes peuvent contribuer à changer la nature des régimes qui ont gouverné Haïti depuis 53 ans ? Voilà le hic ! Il faut en plus des milliards une volonté politique d’émancipation et de modernisation !

Socialement 53 ans du populisme ont polarisé la société haïtienne, creusé l’écart entre les classes sociales et accéléré une fuite de cerveaux, qui a débuté sous le régime de François Duvalier et se poursuit jusqu’à maintenant. Selon le rapport de la Banque mondiale, plus de 83 % des professionnels et techniciens ont quitté le pays. Au cours des 20 dernières années, Haïti n’a-t-elle pas reçu plus de 10 milliards de dollars d’aides étrangères ? Quel en a été le résultat ? Haïti est devenue au cours de cette période, le pays le plus pauvre de l’hémisphère et un des pays les plus corrompus du monde !

L'organisation des Nations Unies, de 1994 à 2004, n’a-t-elle pas été contrainte d’évoquer en deux fois le chapitre VII de sa Charte pour intervenir, en raison de la récurrence de la faillite de l'état en Haïti sous ce régime anarchopopuliste ? Est-il de l’intérêt de la communauté internationale et de la nation haïtienne de maintenir le statu quo ? Face à cette catastrophe, l’argument conservateur et traditionnel « the devil I Know » n'est plus valable, ni convaincant. Si on est sincèrement motivées par la nécessité de sortir le peuple haïtien de ses malheurs, on se sent automatiquement interpeller par le besoin d’un changement de paradigmes !

Après 53 ans, la nécessité de s’émanciper des férules des régimes populistes des deux extrêmes, est fondamentale pour le bien-être d’Haïti et de son peuple. Le modèle présenté par le Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN) offre exactement et précisément les moyens. Le défi auquel nous devons faire face en ce moment est de faire en sorte que la reconstruction moderne d’Haïti coïncide avec la transformation d'Haïti en un État moderne. Nous avons besoin aussi de convaincre le peuple haïtien ainsi que la communauté internationale, qu’il s’agit d’une antinomie d’avoir un État moderne récemment construit, gouverné par un gouvernement anarchopopuliste obsolète, qui a déjà contribué ostensiblement à sa faillite. Sauf si l’intention véritable est de le faire échouer à nouveau !

Ceux qui ont vu et observer les derniers 53 ans de déclin d’Haïti sont absolument convaincus que la présence de populisme au pouvoir en Haïti, coïncide sans aucun doute avec sa faillite. Si ceci ne suffit pas pour vous convaincre ; Posez-vous bien la question, pourquoi le sénateur Christopher Dodd a recommandé la mise sous tutelle d’Haïti au moment où la communauté internationale propose d’entreprendre sa reconstruction et sa modernisation ? Le fait est que le sénateur est absolument convaincu que le populisme est incapable de gérer cette transformation. Si la raison principale de la recommandation du sénateur, est l'incapacité de populisme de gouverner le pays à bon escient, la solution ne peut pas être la tutelle. La vraie et unique solution est de se débarrasser du vrai problème. Il faut des hommes neufs avec des idées nouvelles pour forger un monde nouveau !

C’est exactement ce qu’offre le Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN) ! Il diffère des autres plans pour deux raisons biens spécifiques. Le PSSN n'est pas une réaction à la destruction cataclysmique d'Haïti. Il est le fruit de travaux collectifs en atelier sur la gouvernance qui ont eu lieu en République dominicaine avant le cataclysme, du 29 au 30 août 2009. Le PSSN a embrassé un champ beaucoup plus large, la notion de refondation et de restructuration de l’Etat. Face aux impératifs de la conjoncture ces réflexions ont inclus dans sa vision de multiples facettes sociales, économiques et culturelles.

Le PSSN constitue, en comparaison avec ce qui a été offert jusqu’à présent, un saut qualitatif. Par le biais de réflexions profondes, le PSSN énonce dans une liste des changements dans le domaine de la gouvernance, des propositions concrètes dans de nombreux domaines. En d'autres termes, le PSSN montre clairement la voie de l’émancipation des férules de populisme.

Le PSSN est en fait un guide pour la gouvernance. Le plan est divisé en deux parties.

La première partie, une réforme structurelle :
-La réformation de l’Etat et la matérialisation de la décentralisation, regroupée en 5 chapitres dont :
-Stratégie de modernisation de l’Etat et de la décentralisation
-Stratégie de la réforme législative
-Stratégie de la réforme de la justice et du droit
-Stratégie de la politique de défense et de la sécurité
-Stratégie de la politique étrangère et de la coopération externe.

La seconde partie, concerne la croissance et le développement :
-Libération de la croissance et la promotion du développement socio-économique, regroupée en 10 chapitres dont :
-Stratégie de la politique économique
-Stratégie de la réhabilitation et de la reconstruction
-Stratégie de la politique du tourisme
-Stratégie de l’aménagement du territoire
-Stratégie agricole, de l’alimentation et de la pêche
-Stratégie de la politique de santé publique, de la population et du sport
-Stratégie de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique
-Stratégie de l’électricité
-Stratégie de financement du développement
-Cadre économique et ses hypothèses et scenarios pessimiste, intermédiaire et optimiste.

Si d’une part, la modernisation physique d’Haïti est inévitable et automatique avec sa reconstruction. D'autre part Haïti doit également moderniser la façon dont elle est gouvernée pour maintenir son équilibre et sa cohésion à travers le cours du processus de sa renaissance ! Haïti doit être en mesure de franchir le seuil de la modernité dans tous les domaines simultanément pour maintenir sa cohésion et pour répondre aux exigences du développement durable. A ce stade, la modernisation de la gouvernance est une obligation pour Haïti, si elle veut aller de l’avant vers la stabilité socio-économique ! Nous avons besoin de l’aide de tout le monde dans cet effort de transformation. Le PSSN exhorte tous ceux qui sont sincèrement motivés par l’idée de la reconstruction et de la modernisation d’Haïti, à participer à cet effort pour sa matérialisation et sa réussite. Nous souhaitons sincèrement que motivé par la volonté de rompre avec un passé d’échec, de rompre avec les régimes populismes qui l’ont engendré, incite le peuple haïtien à faire le choix du PSSN, comme moyen de transformation, sa planche de salut et sa nouvelle voie d’émancipation !