L’UEH : Effort de diagnostic pour une stratégie de sauvetage national
Introduction
Nous voudrions remercier le comité préparatoire pour cette heureuse initiative, plus particulièrement la ligue des pasteurs haïtiens en République domincaine. Nos remerciements vont également au sénateur Rudolphe H. Boulos, pour la coordination de cette conférence, appelée rencontre patriotique. Egalement, nous remercions les autorités dominicainees pour leur aimable hospitalité ; enfin, nous adressons nos salutations chaleureuses aux femmes et aux hommes, spécialement nos sœurs et frères établis ici.
Il nous a été demander de faire ressortir le rôle éventuel que pourrait jouer l’université en Haïti dans toute stratégie de sauvetage national. D’entrée de jeu, nous ferons deux remarques d’importance :
Tout d’abord, nous parlerons de l’Enseignemnt supérieur, plutôt que de l’université, tant est qu’il n’existe pas véritablement chez nous, une ou des universités dignes de ce nom, avec la formation rigoureuse et la délivrance de diplômes à divers niveaux (LMD), et aussi bien des centres de recherche et de production de la connaissance, sous forme de publications (périodiques, livres, monographies, etc…). dans notre intervention, nous nous bornerons à une présentation de l’UEH, secteur public de l’enseignement supérieur, nous parlerons des problèmes qu’elle confronte, des pistes de solutions liées à toute refondation et/ou réorganisation du système actuel d’enseignement supérieur en Haïti. Puis, nous témoignerons de nos doutes quant à l’apport approprié et fondé que peut/doit jouer, l’UEH dans toute entrprise de sauvetage national.
Fort de ces deux remarques, notre intervention se situera donc, sur les 3 aspects qui suivent :
1- La situation actuelle de l’UEH ; en plus de la description de la structure actuelle, nous y consacrerons une bonne partie dans l’analyse des données sur les faibles effectifs, le taux insignifiant des finissants ou diplômés, et les allocations budgétaires inadéquates, quoique augmentées.
2- Les propositions de solutions à court , moyen et long terme. De telles solutions sont conditionnées par un ensemble de pré-requis systémiques qui , pour nous, constituent l’environnemnt socio-politique indispensable pour les mettre en œuvre. Encore faut-il qu’il y ait la volonté politique nécessaire pour les matérialiser.
3- Les stratégies de mise en œuvre, suivies des résultats attendus. Le point central de cette démarche , c’est une planification budgétaire adéquate et novatrice.
I- La situation actuelle de l’UEH
Des institutions indépendantes, la Constitution de 1987 prévoit le Conseil Electoral Permanent (CEP), la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), la Commission de Conciliation (CC), l' Office de la Protection du Citoyen (OPC), l'Université d'Etat d'Haïti (UEH). Pour tous ces organismes pré-cités, la nomination de leurs responsables est de la prérogative du chef de l' Exécutif.
Dans le cas de l' UEH, pour lequel des élections sont revendiquées et préconisées par la communauté universitaire (Recteur et vice-recteurs, décanats et/ou conseils de direction), cependant, aucun texte de loi reglémentaire n'existe. En effet, le cadre légal actuel est caduc, et ceci en contradiction avec l’esprit et la lettre des dispositions prévues par la loi-mère. La loi du 16 décembre 1960, non abrogée jusqu’à date, régit donc l’UEH. De ce vide légal qui persiste, l’institution universitaire n’a pu mettre sur pied la commission de réforme réclamée depuis les assemblées issues des « Dispositions transitoires ». Aussi, comme au niveau national, l’UEH n’a-t-il pas su faciliter l’émergence d’une commission électorale permanente pour assurer le renouvellement périodique et dans les délais, des dirigeants à divers niveaux dans les facultés et également au rectorat. Toute initiative ou proposition de cadre réglémentaire de l' enseignement supérieur en général, est demeurée au stade de projet ; il en est de même pour toute proposition de texte de restructuration du système d'enseignement supérieur public, en particulier. En témoigne, la série de colloques, de forums, de symposiums qui ont suivi le départ de la dictature, en février 1986. Le plus souvent boycotté, par la communauté universitaire elle-même, cette série d’activités ou initiatives n’a pas amorcé le virage critique, vers la réforme. En d’autres termes, s’il y a stagnation quant à la situation organisationnelle de l’UEH, et aussi au niveau de tout le système d’enseignemnt supérieur en Haïti . La formation initiale, en Haïti, au niveau universitaire, reste confisquée au niveau de la licence, très peu d’institutions offrent des formations au niveau de la maîtrise .
Il ne fait aucun doute que depuis, les conditions de vie des professeurs et des étudiants se sont dégradées. Nous signalerons, à titre d’illustration, les éléments suisvants
une déperdition du nombre de professeurs ayant diminué leur charge horaire á l'UEH, pour se consacrer á l'enseignement supérieur privé; certains ont tout simplement abandonné. Ceci a été enregistré au cours de ces six (6) dernières années, avec le départ/transfert vers les ONG. Dans le site de l’UEH, le chiffre de 1500 enseignants affiché, n’est pas ventilé par unité d’enseignement. Alors que le registraire du rectorat accuse des effectifs oscillant entre 600 à 650 enseignants en moyenne. A cela, il faut compter avec les duplications de noms qui se retrouvent sur plusieurs listes à la fois. Le nombre brut d’enseignants à travers l’UEH devrait être pris avec beaucoup de circonspection.
une augmentation du nombre de postulants, alors que l’on observe une stagnation au niveau du numerus clausus des différentes unités de l'UEH. En effet, malgré la massification du processus d'inscription dans les facultés, le nombre d'admis est et demeure conservé: á titre d'exemple, en 1995, pour 1000-1500 postulants á la faculté de médecine, 100-105 étaient retenus. En 2001, pour 3000-4000 postulants, le nombre demeure inchangé. Cette situation va à l’encontre des effectifs grandissants de bacheliers, chaque année. Pour le bac 2009, plus de 16000 admis, dès la session de juillet, avec plus de 31000 ajournés. A titre d’exemple, la faculté d’Odontologie ne dépasse pas plus de 30 admis, la faculté d’Agronomie (FAMV), pas plus de 80 en première année (voir tableau 1).
les horaires d'enseignement (période et contenu) n'ont pas été modifiés, depuis plus de 20 ans; ceci, malgré les avancées des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), facilitant l'accès á plus de ressources informationnelles et/ou didactiques. Ce, en dépit des carences/faiblesses des bibliothèques existantes.
Quelle évaluation a-t-on eu de la diversité du programme de licence dispensé dans nos 11 unités d’enseignement. Nous en voulons pour preuve l’Ecole normale, jusqu’à récemment, offrait la licence après 3 ans, dont une année préparatoire incluse ; la section de Pharmacie (de la faculté de médecine), est passée de 3 à 4 ans pour la licence, sans évaluation préalable, sans justification ni approbation par une quelconque autorité universitaire (rectorat) ou étatique (priorités du gouvernement) -comme si l’UEH formait pour elle-même- . Dans ce même ordre d’idées, nous avons : la FAMV qui offre une licence en agronomie (le titre exact est ingénieur –agronome), après 3 ans de tronc commun et 2 ans de spécialisation théorico-pratique ; l’INAGHEI, une licence en gestion ou en comptabilité, ou en études internationales, après 4 ans. Il vous aussi relever que les dispositions académiques sont aussi diversifiées, système de crédit à l’INAGHEI, système traditionnel-annuel ailleurs
l’ augmentation de l’enveloppe budgétaire est uniquement fonction d’un ajustement salarial opéré par rapport au coût de la vie. Aucun investissement ni augmentation de personnel et des charges, -compte tenu de la stagnation des effectifs-, ne sont consentis dans la préparation des allocations par faculté/unité d’enseignement.
Il n’existe pourtant aucun mode de gestion et/ou d ‘administration unique pour toutes les unités qui composent l’UEH. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le plan académique : les stages obligatoires ou non, d’une unité á une autre, la rédaction ou non de mémoires de sortie, les modes d’évaluation des crédits (lá oú ils sont introduits), les notes de passage obligatoires, les calendriers académiques, les critères de nomination et/ou de révocation des professeurs, leur plan de carrière, leur statut (temps plein/temps partiel), tout ceci est laissé á la discrétion des responsables des différentes unités!!!
Chaque faculté élabore son budget, sans consolidation aucune par l’administration centrale (rectorat). Aussi le coût brut de la formation par étudiant est-il plus que variable; il est disproportionné (voir tableau 1). Bien qu’il soit admis que les dépenses consenties pour la formation d’un médecin, d'un ingénieur- agronome soient relativement élevées que celles d’un professeur, d'un avocat ou d’un linguiste, toutefois, les coûts réels estimés á l’UEH sortent de toute grille de comparaison logique dans un système qui se veut démocratique, accessible, public, donc sans discrimination. Il en est de même du ratio professeur/étudiant. En 1994-95, la Faculté des Sciences hébergeait 442 étudiants, avec un budget de fonctionnement de 12 millions de gourdes, 82 professeurs étaient inscrits au registre de payroll de cette faculté. A la même période, l’INAGHEI, avec 10 millions de gourdes sur son budget, accueillait 3180 étudiants ; cette institution disposait de 81 professeurs. Nous vous laissons calculer le ratio professeur/étudiants, celui également du coût brut de la formation par étudiant, sans tenir compte des spécificités des filières offertes. Pour ce dernier aspect, á titre d’illustration, il est de 27.149,30 gourdes/étudiant á la FDS et de 3.144,00 gourdes/étudiant á l’INAGHEI. Malgré l’augmentation de l’enveloppe bugétaire globale, la distribution par faculté suit la méme tendance, au niveau des allocations. De plus, les effectifs des étudiants sont restés stagnants, à part les programmes spéciaux introduits à la faculté des sciences (voir les tableaux 2, 3 et 4).
Tableau 1: Distribution des efffectifs de l'UEH

Tableau 2 Coût moyen de la formation d’un étudiant :

Tableau 3 :Profil de la distribution des allocations par faculté/entité (année 95-96)

Tableau 4
Distribution des enveloppes budgétaires sur trois ans

En d’autres termes, des structures insuffisantes, vétustes pour la plupart, incapables de faire face aux effectifs exponentiels, à la démocratisation de l’enseignement secondaire, la massification des inscrits aux examens d'Etat; des structures totalement démunies face aux exigences académiques et administratives liées à ce que devrait être une augmentation de la capacité d’accueil, une amélioration et une diversification de l’enseignement dispensé. Dans ce domaine, il convient de signaler que les ressources affectées par l’Etat à l’enseignement supérieur public ont connu, au cours de ces dernières années une décroissance accélérée quand on calcule le coût par étudiant, auquel il faut ajouter le coût de la vie. Dans l’enveloppe budgétaire de l’UEH, les postes sont fixes et sont strictement affectés aux salaires du personnel enseignant et non- enseignant, une forte proportion (60-70%); le reliquat se distribue sur les [insuffisantes] provisions liées á l’achat de fournitures fongibles. Les allocations destinées à la recherche et au développement ne figurent pas encore comme une donnée [acquise], pour une telle institution.
Les conséquences deviennent évidentes et se traduisent par une formation rabâchée et/ou lacunaire observée dans les centres de formation supérieure en Haïti. Nous notons un nombre insignifiant de diplômés et/ou definissants (voir tableau 5). De sorte que la formation à l’UEH et à ailleurs, semble ne produire aucun impact sur le marché de l’emploi . Le peu ou la non performance des pouvoirs publics, la faillite de la puissance publique en est tout manifeste.
Tableau 5
Nombre d’étudiants par rapport au nombre de Diplomés

II- Les propositions de solutions
Elles dépendent, ou du moins sont conditionnées par l’environnemnt socio-politique, par ce que nous appelons, les pré-requis systémiques susceptibles de favoriser leur mise en œuvre. En effet, il nous faut des politiques publiques, une fois conçues et élaborées, qui seront traduites en stratégies institutionnelles. Pour cela, les responsabilités fixées incombent au plus haut niveau décisionnel, ainsi que leur imputabilité. A ce compte, les codes de programmes et de budget sont déterminés en conséquence. Il est évident que la mise en cohérence des interventions gouvernementales s’ensuit.
Les pistes propsées :
1- la mise en branle définitive des travaux de la commission de réforme de l’UEH et de sous-commissions appropriées; la (re) définition du rôle et de la mission effective du secteur de l’enseignement supérieur, et le développement des passerelles de coopération et de partenariat interne (privé-public).
2- l’investissement massif [et critique] et la prise en charge de l’Etat, en fournissant les moyens budgétaires adéquats, soit 7-10 % du budget national (investissement initial). Un engagement réel de l’Etat caractérisé par le vote de lois réglémentaires du système, le vote de la loi-cadre de l’UEH, et des mécanismes de régulation du système de l’enseignment supérieur en Haïti..
3- la sensibilisation du secteur privé á investir davantage dans l’enseignement supérieur, de manière plus cohérente et efficace ; les initiatives existantes sont insuffisantes par leur approche et par leur impact. La possibilité de contracter des services de consultations, et/ou d’instituer des chaires de recherche, de proposer des investissements en termes de bâti (salles de conférences, ou autres).
4- une augmentation de la capacité d’accueil du secteur de l’enseignement supérieur, face aux effectifs croissants des ressortissants du baccalauréat, chaque année. Cette initiative est liée aux précédentes.
5- un contrôle et une évaluation du système privé-public doivent être entamés (reconnaissance légale, homologation de diplômes, de certificats, examens d’Etat…)
6- la coordination et la systématisation de l’aide externe, axées sur une politique de formation de cadres techniques et administratifs, de formation continue de nos professeurs, de recherche de bourses de perfectionnement pour professeurs et étudiants.
7- l’élargissement des accords culturels vers d’autres pays, la diversification des rapports et des sources de financement de l’aide externe et du partage des connaissances. A ce propos, il faudra rechercher une synergie avec les secteurs publics concernés (MAE, MPCE, en particulier). L’aide externe doit être dirigée vers la formation de cadres enseignants et non-enseignants, vers les échanges académiques et des séjours de recherche et d’échanges de ressources
8- la mise sur pied d’un programme de professeurs-chercheurs visiteurs (en année sabbatique) d’origine haïtienne et/ou étrangère.
Les résultats attendus :
- l’ harmonisation des structures ( homologation des titres et fonctions, tel que : décanat- conseil de directiion- directeur de centre, etc.). Nous préconisons, des élections réalisées dans la transparence et à intervalle régulier, elles sauront atténuer certains indices de crise latente, tel que le respect des échéances, le renouvellement des élites.
- l’augmentation de la capacité d’accueil, en tenant compte des effectifs du baccalauréat, en particulier et de la demande croissante de jeunes finissants, en général. Egalement, l’augmentation du personnel enseignant et la systématisation du personnel-cadre non enseignant.
- la revitalisation, voire la modernisation des conditions d’accès; l’introduction de critères d’équité et d’excellence académique sera envisagée, pour accompagner le recrutement unique actuel par concours. Ce dernier sera étudié et/ou envisagé dans le cas de filières spécifiques et pour des niveaux élevés (tel que : 2 ième année, 2 ième cycle, écoles supérieures, unités de recherche, etc.) Ceci tendra à faciliter et à favoriser l’entrée en premier cycle des jeunes, des deux sexes.
- la refonte des curricula, ainsi que leur adéquation (mise à jour) par rapport aux avancées scientifiques et technologiques. Ceci soutend la refonte et/ou le regroupement de certaines unités d’enseignement, l’introduction de nouvelles filières..
- la systématisation des activités de rechcerche, entraînant le renouvellement et l’accroissement des connaissances ; l’introduction et la formalisation des travaux pratiques et/ou dirigés.
- l’introduction et la formalisation des autres niveaux d’enseignement (cycles supérieurs), tel, la maitrise et le doctorat. La formation de cycles courts sera aussi introduite, ainsi que la formation permanente.
- la modernisation et l’agrandissement de l’espace physique, du matériel, et l’acquisistion d’ outils pédagogiques et didactiques adéquats . Ceci entraîne la formulation d’un budget d’investissement et de développement à consentir.
III- Les stratégies de mise en œuvre
Elle passe par la mobilisation de ressources, la réorganisation institutionnellele partenariat Etat – Société civile (associations socioprofessionnelles), et le rôle avant-garde et moteur – entraînant une masse critique de jeunes capables d’intégrer l’appareil d’Etat et le marché de l’emlpoi à divers niveaux.
Pour cela, il est recommandé :
A- Refonte de curricula et Restructuration administrative :
A.1- Réaménagement des curricula et des espaces –Consolidation des acquis et harmonisation sectorielle (ajouts nécessaires et conformes) [12 mois]:
COMMISSION I
a) des facultés des sciences humaines (FASCH) , d’ethnologie (FE), des départements d’histoire, de géographie de l’Ecole Normale Supérieure, la section Economie de la FDSE, les relations internationales, les sciences politiques (sections réservées à l’INAGHEI) en une grande section : humanités et sciences sociales ;
b) une école de droit et de la magistrature ;
c) la faculté de linguistique, la section philosophie de l’ENS : sections lettres et philosophie, à laquelle fait défaut un véritable département de lettres françaises (littératures haïtienne, antillaise, malgache, maghrébine, québécoise, etc.) ;
COMMISSION II
d) des facultés de médecine, de pharmacie, d’odontologie, et l’école de technologie médicale, l’école des infirmières et de sages-femmes, en une grande section des sciences médicales et paramédicales ;
e) une faculté d’agronomie et une véritable école de médecine vétériniare ;
f) les sections chimie, physique, biologie (marine, végétale/botanique), de l’ENS, celles de la FDS, la section maths, la section de géologie de la FDS, auxquelles, s’adjoindront les sciences informatiques, les NTIC, les sciences de l’environnement, en une grande section mathématiques, de sciences physiques et naturelles ;
A.2- Réaménagement administratif-financier [4mois]
Ceci passe par une planification budgétaire stricte, à savoir : un assainissement budgétaire (récuperation des codes budgétaires actuels), par une allocation en ressources financières additionnelles, par la ventilation des coûts, en sortant de la logique 70:30, par la supervision/régulation/contrôle.
Une troisième sous-commission administrative (COMMISSION III) se charge d’harmoniser/moderniser, donc d’informatiser (bases de données systématiques) les dossiers des étudiants, des professeurs et du personnel non-enseignant. Les réaménagements budgétaires ont aussi évalués, intégrés et consolidés.
B- Elaboration d’un Plan de développement universitaire- [6mois] :
Dans le même intervalle, une équipe externe à l’UEH envisage l’augmentation des effectifs, de l’espace physique et des acquisitions connexes. Il est estimé à près de soixante millions de dollars américains les frais et dépenses d’étudiants haïtiens en république voisine ; cette somme ne pourra être captée que si l’environnemnt change, et la confiance rétablie avec des signes patents d’une prise en charge sérieuse et moderne. En d’autres termes, l’UEH, comme tous les autres centres de formation supérieurs dans le pays doivent afficher leur résolution radicale d’en finir avec la médiocrité, les faiblesses techniques et les lacunes académiques et scientifiques. Donc, dans un premier temps, les ressources financières nationales et externes initiales devront être consenties et investies.
Vers la réforme
Les Défis:
Les principaux défis á relever sont énormes, mais non insurmontables. A ce titre, nous signalons:
l'élaboration d'une loi-cadre de l'enseignement supérieur, d'une loi organique pour l'UEH
l'élaboration de règlements internes pour l'ensemble des unités, la ré-organisation du système public d'enseignement supérieur, par la restructuration des facultés. La duplication ou la redondance de disciplines doit être résorbée (ex : FASCH/ETHNO)
la création d'un personnel enseignant professionnel et á temps plein (45%) et un personnel d’appui, sous contrat (55%). Le personnel administratif doit répondre aux mêmes critères de sélection (compétence, qualifications, distribution)
l'acquisition d'un budget approprié. Toute allocation financière doit être consolidée et intégrée et doit surtout répondre aux prescrits de la réforme.
Implication des secteurs:
Pour relever de tels défis, il nous faut l’implication de divers secteurs, notamment
e gouvernement et le parlement, en premier lieu, pour la promulgation des textes de lois y relatifs (régulation, restructuration, organisation, contrôle) et la mise à disposition de moyens financiers ; ensuite, la communauté universitaire, elle-même, par la prise en charge réelle par une équipe dirigeante visionnaire, par l'élaboration de règlements internes, la formation de la commission de réforme, le renouvellement des directions, la relance d'un processus électoral normé ; et enfin la coopération externe, à laquelle, s’ajouteront des ressources externes de la diaspora, pour favoriser la formation de cadres administratifs et le personnel enseignant, par l'octroi de bourses de perfectionnement, les échanges de professeurs. La coopération externe (au système d’enseignment), dans ce contexte précis et défini, implique l’intégration du secteur privé des affaires et des secteurs socio-professionnels actifs.
En guise de conclusion
Compte tenu de la crise profonde, voire systémique à laquelle cette entité fait face, depuis la période post-86, crise liée ou fondée sur une incapacité à renouveler ses élites dirigeantes, comment l’UEH pourrait-elle être partie prenante d’une pareille démarche (de sauvetage national) sans résoudre, à moyen terme, un ensemble de problèmes qui affectent son fonctionnement au quotidien ? Quel rôle l’UEH, pourrait-il jouer dans toute stratégie de sauvetage national ?
La faillite décrite plus haut, avons-nous noté, est tributaire des forces antagoniques qui bloquent toute tentative de modernisation de l’institution. En effet, si après 1986, nous pouvions encore parler d’un courant progressite et d’un courant réformiste, aujourd’hui, force est de constater que ce diagnostic n’est plus valable, vu la stagnation institutionnelle, la démission des cadres dirigeants, la débâcle du mouvement étudiant et l’abandon systématique (à elle-même) de la part des pouvoirs publics. Actuellement, il nous plaît de noter une vision réformiste minoritaire, mais dépassée, d’autant plus qu’elle est parasitaire de la situation de découragement, de déchéance affichée. Cette vision n’est pas articulée, car elle n’a pas su amorcer le processus de réforme. Il persiste, plutôt et surtout, à notre avis, une vision conservatrice devenue majoritaire, au fondement même de l’institution ; cette dernière tendance nous paraît quasi- incontournable, car elle a pu maintenir le statu quo, depuis plus de 20 ans. Elle obstrue toute tentative, toute initiative. Aussi la volonté de changer , d’innover, devient-elle un vœu pieux si elle n’est aidée de l’intelligence (effort de diagnostic) , du savoir-faire (compétences) et d’une capacité stratégique comparable, ce en dépit des grèves à répétition, des déclarations tonitruantes, des raidissements de part et d’autre. Faiblesse intellectuelle, insuffisance technique et incapacité stratégique, voilà les maîtres-mots qui résument notre diagnostic et confortent nos doutes. A partir de là, les manifestations du statu quo, de l’obscurantisme plus particulièrement, vont aisément se traduire par la négation de tout progrès et par une posture avérée contre le savoir. C’ est ainsi qu’en l’absence de toute science, de toute intervention rationnelle, réfléchie, la pensée n’a rien à appréhender, rien à comprendre des rapports et des liens entre les objectifs, entre les structures. La raison seule devrait pouvoir guider nos actions. « La raison seule peut armer le sujet historique d’une conscience critique, d’une conscience de soi comme sujet de l’Histoire et conscience du monde comme objet, à travers une appropriation rationnelle de la nature (théorie critique de Kant)». Cette raison critique, l’autre l’appelerait le bon sens , et dans le cas de l’UEH, l’application de normes et règles établies par tous et pour tous, dont la finalité est l’érection une fois pour toutes d’une institution digne de ce nom.
Depuis trop longtemps, et de manière insidieuse et absolue, cette médiocrité a fini par habiter tous les compartiments de notre conscient et inconscient collectifs, et l’UEH ne fut pas en reste. Les moindres soubresauts du système ont été et sont gérés dans et par la violence, en dehors de tout dialogue, dans la déraison. Malgré qu’elle assure le renouvellement des élites et resterait le haut lieu de la réflexion critique sur tous les problèmes auxquels la société se trouve confrontée, malgré qu’elle représenterait le lieu pouvant et devant influencer les politiques de développement, les priorités nationales en termes de formation de cadres, l’UEH affiche plutôt tous les signes d’une institution complètement effondrée. Espace autonome garanti par la Constitution, violé certes , bien des fois, l’UEH a résisté, a accompagné les luttes nationales depuis, 1929, et plus près de nous, lors de la levée de bouclier contre Aristide. Cependant, dans les faits, depuis ces dix dernières années, l’université haïtienne, dans son ensemble est restée muette dans les débats, muette sur les grands dossiers nationaux : sur les conditions du retour à l’ordre constitutionnel, sur la formation de la Police nationale, sur la représentation parlementaire, sur le mode de désignation du Premier ministre, sur les politiques d’ajustement structurel, sur les privatisations des entreprises publiques d’Etat, sur la formation et la configuration du Conseil Electoral Provisoire- à rappeler que l’université en est un membre, selon le prescrit de la Constitution, article 289-, sur les élections (incapable qu’elle est de réaliser des élections transparentes et de renouveler ses propres cadres), les programmes des partis, etc... Surpolitisé dans les années qui ont suivi la chute de la dictature, l’espace universitaire est devenu dépolitisé, attelé à la survie, s’accomodant du statu quo!? Les récentes luttes et contributions de ce secteur nous montrent combien nous avons fort souvent confondu les étudiants avec l’université, et ce faisant, nous n’avons vu que l’arbre qui cachait la [nébuleuse] forêt.
Je vous remercie,
Lucie Carmel Paul-Austin
Santo Domingo, le 30 août 2009