Les Partis Politiques et le Plan de Sauvetage National

 

La situation politique et sociale du pays en cette période de fin de règne est difficile et aussi très confuse. Les perspectives, à court ou moyen terme, sont plutôt sombres. Alors des citoyens et citoyennes de tous les secteurs, par groupes diversifiés, préoccupés par l’avenir du pays, se réunissent, discutent de l’avenir du pays, établissent les diagnostiques et tentent de trouver des mécanismes de sortie de l’impasse. Dans ce contexte, à l’initiative de la Ligue des pasteurs haïtiens en République Dominicaine, des représentants de tous les secteurs de la  vie nationale se sont réunis à l’hôtel Jaragua de Santo Domingo, du 28 au 30 août 2009, dans le cadre d’une Rencontre Patriotique pour une Stratégique de Sauvetage National.

 

Le Coordonnateur Général de l’OPL (Organisation du Peuple en Lutte), le sénateur Edgard Leblanc Fils y a participé. La communication qu’il a présenté à ces assises traite des Partis Politiques dans le cadre du Plan de Sauvetage National à élaborer et à mettre en œuvre pour vaincre les vieux démons de la politique haïtienne et contribuer à l’avènement de la nouvelle Haïti qui doit être inclusive, prospère et solidaire. 

  

 

Communication du sénateur Edgard Leblanc Fils

dimanche 30 août 2009, hôtel Jaragua

 

 

Je salue les organisateurs de cette Rencontre Patriotique pour une Stratégie de Sauvetage National et je les remercie pour l’invitation qui m’a été faite pour y participer et intervenir en qualité de politicien, c’est-à-dire une personne oeuvrant  à plein temps dans la politique comme secteur d’activité principale en y consacrant la meilleure partie de ses ressources intellectuelles, de son temps, de son énergie.

 

Les politiciens sont très peu présents à cette réunion hautement politique ou l’on débat du sauvetage de la nation, de la refondation de l’Etat. La politique est trop importante pour la laisser aux politiciens et politiciennes. C’est vrai, c’est important. Cependant, chez nous, on voudrait que tous les politiciens  soient des gens intéressés, avides des jouissances du pouvoir d’Etat pour leur bien-être personnel, celui de leur clan, au détriment du pays. Il importe même de les écarter des hautes fonctions politiques pour « donner une chance au pays » et les confier à ceux qui ne font pas de politique, qui n’y sont pas intéressés et donc sont présumés plus honnêtes. Ils seront, croit-on, plus efficaces pour le bonheur de la nation. L’analyse objective démontre le contraire.

 

Il est deux types de politiciens. Les politiciens avoués. Ceux-là qui se présentent à l’opinion publique en tant que tel; qui consacrent leur temps, leur intelligence à la réflexion et à l’action politiques; qui peuvent même s’y appliquer dans un cadre organisé, structuré et reconnu comme un parti politique ou qui peuvent opérer en dehors d’un parti.  Les politiciens non avoués qui tapissent dans le silence et dans l’ombre guettant l’heureuse opportunité pour accéder au pouvoir. Ils ne ratent point l’occasion pour critiquer, discréditer les premiers. Il est de bons et de mauvais politiciens comme dans tous les autres secteurs de profession ou d’activité. Bons et mauvais forment la classe politique, tant parmi ceux et celles  qui sont en charge, qui gouvernent que parmi ceux et celles qui aspirent à gouverner.  

 

Des partis politiques

 

Je suis très flatté et honoré d’être parmi ces distingués représentants de l’élite intellectuelle: professionnels de haut rang, universitaires, techniciens de renom, étudiants en terre étrangère……..  tous patriotes inquiets et soucieux du salut de leur pays, réuni pour tenter de trouver des voies stratégiques de sauvetage en ces moments sombres de la vie nationale. C’est la mission des élites d’apporter les lumières, de frayer les chemins, de trouver les solutions appropriées pour sortir le pays de cette situation de dégradation constante, de déchéance qui menace son existence.  

 

Quand les choses vont mal, des élites ce sont les politiques qui sont les plus interpellées. Dans le contexte de la transition en Haïti qui dure depuis 22 ans, les hommes et les femmes politiques sont  indexés, fustigés. Les partis politiques sont mis sur la sellette; ils sont discrédités. Les partis en général et leurs leaders en particulier sont rendus responsables de tous les maux du pays: sa mauvaise gouvernance, la perpétuation de la crise, la dégradation des conditions de vie ….… Pourtant de 1986 à aujourd’hui, aucun parti politique en tant que tel n’a gouverné le pays, appliquant un programme connu de son cru.  Le procès qui est fait aux partis est injuste.  Ils sont reprochés d’être, dans le langage haïtien, traditionnels c’est-à-dire, démodés,  dépassés; de n’être pas représentatifs, d’être incapables de défendre des intérêts collectifs, de n’avoir pas de vie démocratique à l’interne, de maintenir sur l’échiquier politique les mêmes têtes depuis toujours…. Et surtout, on condamne le caractère pléthorique des partis.

 

En fait, nul ne sait le nombre exact des partis politiques fonctionnant en Haïti. La liste des partis enregistrés et reconnus dans le cadre du décret du 31 juillet 1987 par le ministère de la Justice et publiée sur le site Internet du Conseil Electoral Provisoire à  la veille des élections de 2005, présente 104 partis enregistrés et reconnus, et 20 enregistrés mais n’ayant pas bénéficié de la reconnaissance du ministère. Mais attention !  Cette liste est un pamphlet alimentant la propagande contre les partis. Elle est truffée d’erreurs, de contradictions et d’incohérences. Elle mélange allégrement partis, groupements et regroupements; compte  comme entités le groupe et également ses composantes (exemple: le parti FUSION des SOCIAUX DEMOCRATES figure sur la liste de même que  les partis PANPRA et KONAKOM qui lui ont donné naissance). Elle ne tient pas compte du fait qu’un nombre important de ces partis ont cessé d’exister  après la mort ou l’établissement définitif en terre étrangère de leurs leaders fondateurs et depuis ces partis ne fonctionnent plus (exemples: le parti ……..  de  feu Lysias C. Verret et  le parti ………. de feu …..   Lahens;   le parti ……. de Jean L Théagène qui vit au Canada et le parti ……..   dont Grégoire Eugène Junior vivement aux Etats-Unis est devenu le président à la mort de son père qui en fut le fondateur).  Ces anomalies découlent en grande partie des faiblesses du décret du 31 juillet 1986 réglementant les partis politiques, mais surtout de l’absence totale de suivi du dossier des partis par le ministère de la Justice. Il n’existe aucun service, aucune section ou unité dans la structure administrative du ministère  chargé de veiller à l’application de la législation en la matière.

 

De ces 104 partis, groupements ou regroupements politiques enregistrés et reconnus au fil des élections sous l’égide du décret de juillet 1986, environ la moitié en y ajoutant les derniers nés apparus à l’occasion des élections générales de 2005,  sont actifs. En effet, quarante cinq (45) participent à ces élections. Trente trois (33) auront des élus. Six (6) émergent comme des partis, groupements ou regroupements politiques majeurs couvrant 75% de la représentation nationale.

 

Une tendance décroissante du   nombre des partis se  manifeste, dans la réalité, en dépit de nouvelles formations enregistrées dans la perspective de leur participation aux compétitions électorales annoncées. Cette tendance se serait accentuée pour déjà se stabiliser autour de cinq, six partis, groupements ou regroupements si les échéances étaient respectées et les scrutins réalisés dans des conditions de transparence et de régularité acceptables. De plus, le régime électoral majoritaire, uninominal à deux tours, instauré par la constitution haïtienne pour designer les représentants aux postes électifs nationaux,  conduit à terme à une configuration de l’échiquier politique dominée par quelques quatre ou cinq partis ou plateformes importants.  Si l’on intègre dans l’analyse l’effet réducteur d’abord et stabilisateur ensuite du financement public des partis ayant obtenu 10%  des suffrages exprimés, selon le vœu de l’article 281-1 de la constitution, cette configuration pluraliste à quatre ou cinq partis ou plateformes aurait été longtemps déjà celle du système politique haïtien.

 

Malheureusement, le non respect des règles établies caractéristique de cette transition qui perdure ne permet pas au système de développer sa propre dynamique, et laisse aux tenants du pouvoir politique (le gouvernement ou mieux l’Exécutif présidentiel) toutes les latitudes pour affaiblir les partis politiques. De plus les partis politiques sont concurrencés par les organisations de la société civile qui aspirent directement à la conquête du pouvoir.

 

La « désaffectation » des partis politiques, comme dit monsieur Dany Valet, n’est pas spécifique à Haïti.  Les partis traditionnels de toute la région de l’Amérique  Latine c’est-à-dire: ceux qui sont connus, ont une certaine implantation nationale, ont affronté l’épreuve du temps et de la gestion du pouvoir, sont en crise.  Ils ne peuvent plus mobiliser l’électorat. Ils perdent la confiance des populations dans leur capacité à offrir des réponses effectives à leurs problèmes quotidiens. Ils sont rejetés au profit des mouvements sociaux de masse qui émergent et conquièrent majoritairement les espaces de pouvoir. Toutefois, les cadres légal et règlementaire établis, dans le fonctionnement démocratique de leur société, leur permettent de se maintenir et d’évoluer en tant que forces d’opposition dans un espace sécuritaire avec les avantages et les privilèges liés à leur statut. Seul le peuple souverain, par son suffrage librement exprimé, décide de l’éviction ou non d’un parti ou de ses candidat(e)s de la scène politique. La modernisation de la vie politique est régie par une institution électorale crédible, arbitre des compétitions.

 

En Haïti, le non respect des règles du jeu et surtout la volonté manifeste des plus hauts dirigeants politiques de marginaliser, d’affaiblir les partis politiques, pour mieux asseoir leur pouvoir, vont jusqu’à contester le droit souverain du peuple à exprimer son choix en faveur de tel ou tel parti, tel ou tel candidat par la manipulation des résultats des élections. Ils bénéficient dans cette démarche de l’appui tacite de secteurs de la communauté internationale, d’agents étrangers travaillant comme consultant ou expert à des niveaux stratégiques de l’appareil électoral (exemple: en violation des articles ……. , …….. de la loi électorale, le Centre de Tabulation de l’Institution électorale est contrôlé et dirigé par un étranger, citoyen canadien, qui porte le titre de coordonnateur.) et surtout de la soumission et de la complicité des conseillers électoraux fragilisés par leur statut provisoire. 

 

Cela met en danger la stabilité précaire du système politique. Les échéances politiques à court terme sont menacées ainsi que les avancées vers la stabilité sociale, l’instauration d’un Etat de droit, l’implantation de la démocratie. Les citoyens se sentent interpellés : colloques, conférences, réunions sont organisés dans tous les secteurs pour analyser la situation et tenter de trouver des mécanismes de sortie. Plateformes, coalitions de partis sont formées pour définir des stratégies, élaborer des alternatives. Les initiatives sectorielles et partielles ne peuvent convenir en la circonstance. Il importe de mobiliser les énergies, de rapprocher les sensibilités, vers un consensus national minimum, d’élaborer une alternative par rapport au pouvoir d’Etat traditionnel, de construire une direction politique capable d’assurer la cohésion des groupes, secteurs, organisations et personnalités engagés, dans le cadre d’un Pacte de Stabilité et de Gouvernabilité  pour le Développement durable d’Haïti, dans une dynamique de conquête et de transformation du pouvoir d’Etat.

 

La crise de 2000 à 2004 et la période de transition 2004-2006 ont forcé la socialisation des acteurs politiques. Convaincus que pour consolider la démocratie, instaurer un Etat de droit dans le pays, garantir le développement durable, la quête de paix et de stabilité devait être une démarche constante des partis politiques et que les négociations, les compromis sont indissociables de l’action politique, les représentants et chefs de partis ont défini entre eux des espaces de concertation pour discuter de questions d’intérêt partisan et également de questions de grande préoccupation nationale. Ils ont convenu en septembre 2005 d’un Pacte politique visant à garantir la démocratie et la stabilité du pays, assurer sa gouvernabilité et parvenir, ensemble avec tous les autres secteurs de la vie nationale, à favoriser le développement économique et l’intégration sociale du peuple haïtien.

 

Le Pacte engageait ses signataires, dans l’éventualité d’une accession au pouvoir d’un des partis, de :

·         Promouvoir la formation d’un gouvernement d’unité et de réconciliation nationale en tenant compte des prescrits de la constitution

 

·         Encourager et réaliser le dialogue national

 

·         Négocier les termes du désengagement des troupes étrangères sur le territoire national

 

·         Lutter contre l’injustice et réduire les inégalités sociales

 

·         Entreprendre un vaste programme économique destiné à créer de l’emploi et assurer une croissance soutenue en vue d’un développement durable

 

·         Travailler à l’élaboration d’un Plan de développement global à long terme du pays.

 

Les questions politiques d’intérêt national sont trop importantes pour engager uniquement les partis politiques. La vigilance citoyenne, la participation des autres secteurs vitaux sont indispensables à la concrétisation des objectifs nationaux.

 

Un Plan de Sauvetage National nécessite l’actualisation et l’appropriation par les représentants de tous les secteurs de la vie nationale du Pacte de Stabilité et de Gouvernabilité. La Rencontre Patriotique pour une Stratégie de Sauvetage National doit conduire aux Assises Nationales pour la Refondation de l’Etat - Nation.

 

 

 

 

Merci