A travers une Convergence
"largement large"
Sauver Haïti de lanarchie
et de lintolérable
Micha Gaillard
Pour
Brignol, Ben, Jessie, Suzie, Gérard, Luc et les autres
qui ont donné leur vie et leurs biens pour notre cause.
Lanarchie
« macoutique » est dans nos murs.
Scénarios
piteux, incendies, crimes, vols, rackets, intimidation,
persécutions, corruption, escroqueries, prévarication,
forfaitures, franchises douanières et passe-droits
jusquici jamais vu dans notre histoire, sont
devenus monnaie courante et constituent la marque
de fabrique, les normes de référence de la pratique
du régime lavalassien. Le tout imposé par la violence,
exercée soit de manière formelle -à travers une partie
de la Police Nationale-, soit de manière informelle,
le job de répression étatique est sous-traité aux
« milices armées » abusivement désignées
sous le vocable de « groupe populaire ».
Après
les partis politiques, après les secteurs organisés
de la société civile, après les journalistes, aujourdhui
cest lensemble de la population qui devient
la proie des nouveaux macoutes, les lavalassiens d'à
présent. Lappel au mot dordre « zéro
tolérance » lancé par le chef de lEtat
« de facto » ne concerne plus dorénavant
seulement les criminels, les hommes et femmes politiques
de lopposition et les journalistes indépendants,
mais sétend également à nimporte quel
Haïtien et Haïtienne. Personne nest épargnée.
Nou tout ka pran !
Flash-back :
de la violence politique à la violence tout court
Pour
saccaparer de l'ensemble des sièges électoraux -de la présidence aux délégués de ville en passant par le parlement
et les mairies- et
par voie de conséquence, à presque tous les coins
et recoins de lAdministration publique, Lavalas
a systématiquement, durant lannée électorale
2000, utilisé la violence, la corruption et le vol
pour atteindre son vil objectif. A lépoque,
cette pratique « macoutique » visait essentiellement
à écarter les opposants politiques de toute responsabilité
dEtat. Hormis la violation exercée sur son droit
de vote, la population était épargnée de ces exactions.
On
aurait pu croire que cette forme anachronique de conquête
de pouvoir une fois achevée, Lavalas, pour sattirer
la sympathie du peuple, aurait un comportement différent.
Malheureusement, la méthode expérimentée lors du coup
dEtat électoral sapplique aujourdhui
dans la gestion quotidienne des affaires de la cité.
Linsupportable atteint ses limites. Un effort
collectif d'ordre quantitatif et qualitatif simpose
afin de sauver Haïti de lanarchie et de lintolérable.
Au-delà du rôle joué par la Convergence Démocratique
Quelles
que soient les reproches, les critiques qui peuvent
être adressées à la Convergence Démocratique -certaines
dentre elles sont justifiées- il nen demeure
pas moins que ce regroupement de partis et dorganisations
politiques a permis de freiner Lavalas dans la réalisation
de son entreprise démoniaque.
Alors
que bon nombre dentre nous -je parle des leaders
dopinion- sen remettait au destin, après
le 21 mai 2000, le Front du refus que représente la
Convergence Démocratique a dans sa lutte opiniâtre,
tenu ferme la barre. Il a ainsi permis de « déshabiller
Lavalas », de démasquer Jean-Bertrand Aristide
aux yeux de lopinion publique nationale et internationale,
de montrer crûment ce qui se cachait derrière les
mielleuses paroles de ce dernier (entre autres, « 2001
ap bon »). Les négociations ont été utiles pour
mettre Lavalas à nu.
Durant
ces seize (16) derniers mois, les actions de la Convergence
Démocratique et dautres secteurs de lopposition
politique, sans oublier les nombreux groupes de la
société ont permis non seulement douvrir les
yeux des uns et des autres sur les intentions cachées
et les pratiques macoutiques lavalassiènnes (celles
énoncées au début de larticle) mais également
daiguiser les contradictions au sein de Lavalas
pour affaiblir ce régime arbitraire.
Aujourdhui,
il devient impératif de rassembler, dans une plate-forme
politique la plus large possible tous ceux qui veulent
empêcher Lavalas de mener le pays vers lanarchie
et de ranger définitivement Haïti dans la sphère des
pays considérés comme «entités chaotiques ingouvernables ».
Pour une large Plate-Forme des forces démocratiques
La
Convergence Démocratique et les autres oppositions
organisées ou individuelles ont lobligation
de déchiffrer les exigences de la conjoncture actuelle
afin dy faire face intelligemment.
Sans
rien soustraire au travail important de la Convergence
Démocratique il est indispensable et urgent de mettre
sur pied un autre espace de concertation plus
large; lequel outil regrouperait lensemble des
acteurs politiques et civiques qui disent « ça
suffit
[1]
». Cet espace commun permettra
de structurer et de canaliser ce large mouvement « du
peuple revendicatif » en gestation qui, pour
prendre sa vitesse de croisière, exige une direction
concertée.
Les
modalités de création et de fonctionnement de cette
plate-forme de concertation ainsi que ses objectifs
spécifiques seront étudiés par les intéressés eux-mêmes.
Plus que de dénoncer le macoutisme nouvelle formule
qui s'édifie de plus en plus, il nous faut organiser,
en réseau, nos différentes « bases » pour
retirer Haïti de lanarchie périlleuse dans laquelle
sest volontairement installé Lavalas
et pour préparer lavenir
Construisons
notre pouvoir de convocation, dorganisation
et, dès à présent préparons-nous à la gestion des
affaires de lEtat. Bienvenue dans ce Projet
démocratique aux compatriotes de Lavalas qui rejettent
les pratiques actuelles du gouvernement.
Composition de la Plate-forme des forces politiques
Lheure
nest pas au sectarisme. Lauteur de cet
essai estime nécessaire de rassembler, dans un moyen
et long terme, les forces politiques nationales en
trois ou quatre grands partis. Pourquoi, en effet,
ne pas restructurer la classe politique haïtienne
en partis social-démocrate, démocrate-chrétien, libéral
ou autre ? Je suis personnellement engagé dans
la création dun mouvement social-démocrate unitaire.
Mais la conjoncture exige, aujourdhui, autre
chose. Elle nous interpelle, au-delà des clivages
politico-idéologiques des groupes politiques et de
chaque citoyen. Ne l'oublions jamais : Il faut
sauver Haïti de lanarchie et de lintolérable.
La
Convergence na pas le monopole exclusif de la
mobilisation pour la démocratie et contre lanarchie
lavalassienne. En conséquence, la Convergence, doit
en compagnie du FRONTCIPH, du PDCH, du MRN, de lAlternative
pour le Changement, de lADEBA, des Forces Morales,
du KOREGA, du PNDPH
, se mettre en réseau avec
les groupes civiques qui, aux quatre coins du pays,
ont un pied sur le volet politique (je pense, entre
autres, au Mouvement paysan dirigé par M. Chavannes
Jean-Baptiste, le MPNKP, voire même Koze pèp). Ceci
est d'autant plus important que beaucoup dorganisations
qui se mobilisent actuellement sur le terrain veulent
être structurellement liées à lun ou lautre
des oppositions pour, ensemble, agir efficacement.
Des
personnalités politiques ou qui pour loccasion
le deviennent, je pense à dancien Premier ministre,
d'anciens ministres connus pour leur engagement dans
les droits humains ou dhistorien - journaliste
célèbre pour ne citer que ceux-là, pourraient jouer
leur partition spécifique.
Imagination, créativité et détermination
Il
nous faut faire preuve dimagination et de créativité.
Qui aurait cru que la Convergence Démocratique aurait
pu être mise sur pied et délivrer une marchandise
du fait de sa composition si disparate ? Elle a démontré
sa capacité de gérer ses contradictions internes.
Il faut, à présent, monter la barre plus haut et dupliquer
cette expérience dans le cadre dune plate-forme
plus large. Certains parmi les miens estiment, à juste
titre, de rependre la formule de Chavannes Jean-Baptiste
et travailler à monter une Convergence Démocratique
Nationale et Populaire. Avec la volonté et lesprit
patriotique
Par
ailleurs, cest également sujet au débat, il
faudrait, à la différence de laprès 86, laisser
les secteurs de la société civile non partisans (Eglises,
syndicats, secteur privé, droits de lhomme,
groupes de femmes, en particulier) en dehors de cette
initiative à caractère typiquement politique. A titre
individuel des citoyens de ces institutions pourraient
apporter leur contribution. A ces groupes non partisans
didentifier les meilleures formules de lutte
pour la même cause (bloquer lanarcho-macoutisme)
et selon leur spécificité. Larticulation de
ce secteur « non partisan » avec le mouvement
démocratique politique pourrait se faire au coup par
coup selon les formules les mieux appropriées.
Préparer lAlternative
Trop de voix responsables sélèvent, pour ne
pas en tenir compte, et disent que lopposition
ne propose aucune alternative sérieuse de remplacement
de Lavalas, en terme déquipe et de programme.
Ceci, selon elles, ne favorise pas la mobilisation.
C'est une opinion. En conséquence, préparons cette
Alternative, une alternative qui se construit en concertation
autour, comme je lavais déjà écrit
[2]
« d'un Projet de société
basé sur les problèmes quotidiens des citoyennes et
des citoyens et pour une autre Haïti ; une alternative
qui doit se construire autour d'un Programme,
conçu collectivement avec les différents acteurs sociaux,
sans exclusif aucun, programme qui donnera des réponses
non démagogiques tant au niveau macro-économique qu'au
niveau des urgences sociales (sécurité, justice, sécurité
alimentaire, éducation universelle et santé pour tous
), le tout à mettre en uvre dans une gestion
(de nos jours on parle de "gouvernance")
moderne ».
Le travail de mise en place de cette plate-forme
démocratique est colossal. Ne devrait-on pas penser,
dans la préparation de cet espace de coordination,
à convoquer -quand les conditions s'y prêteront- les
Etats Généraux de la Nation sur un agenda précis :
(1) Quelle mobilisation, (2) comment gouverner ce
pays et (3) quelle contribution des pays amis d'Haïti,
en particulier la mise en place dune force internationale
d'interposition pour protéger la population des milices
armées ? Ne déléguez pas vos responsabilités
à dautres. Bonne besogne et bonne année 2002.
Micha Gaillard
, Port-au-Prince, le 20 décembre
2001
michagaillard_12@yahoo.com