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Liberté de la presse
Communiqué de presse
11 janvier 2002
HAÏTI
Demande de sanctions contre vingt-quatre officiels
haïtiens
Inquiets de l'impunité dont bénéficient
en Haïti les auteurs d'exactions contre les journalistes,
le Réseau Damoclès, association de lutte
contre l'impunité, et Reporters sans frontières
demandent à l'Union européenne et au Congrès
des Etats-Unis de prendre des sanctions individuelles
à l'encontre de vingt-quatre officiels haïtiens.
Ceux-là mêmes qui, par action ou par omission,
entravent les enquêtes destinées à
faire la lumière sur les assassinats de deux
journalistes, Jean Dominique et Brignol Lindor. Les
sanctions personnalisées demandées sont
de deux types: refus de visa d'entrée et de transit
dans les territoires des Etats membres de l'Union européenne
et des Etats-Unis pour les personnes citées et
leur famille et gel de leurs fonds détenus à
l'étranger. Ces mesures s'imposent d'autant plus
que l'impunité qui règne dans ces deux
affaires répond à une stratégie
des autorités pour réprimer de façon
systématique les journalistes jugés trop
critiques envers le gouvernement.
Ci-dessous, une copie de la lettre adressée
à :
- Josep Piqué, ministre des Affaires étrangères
de l'Espagne, qui assume actuellement la présidence
de l'Union européenne.
- Colin Powell, secrétaire d'Etat américain.
- Joseph R. Biden Jr. et Henry J. Hyde, respectivement
président de la commission des affaires étrangères
du Sénat et de la Chambre des représentants.
- Christopher J. Todd et Elton Gallegly, respectivement
président de la sous-commission pour les affaires
occidentales du Sénat et de la Chambre des représentants.
Monsieur Josep Piqué i Camps
Ministre des Affaires étrangères
Présidence de l'Union européenne
Plaza de la Provincia 1
28071 Madrid
Espagne
Paris, le 11 janvier 2001
Monsieur le Ministre,
Le Réseau Damoclès, association de lutte
contre l'impunité, et Reporters sans frontières,
organisation internationale de défense de la
liberté de la presse, demandent au Conseil des
ministres de l'Union européenne, de prendre des
sanctions individuelles à l'encontre des officiels
haïtiens qui, par action ou omission, entravent
les enquêtes destinées à faire la
lumière sur les assassinats de Jean Dominique,
directeur de Radio Haïti Inter, assassiné
le 3 avril 2000, et de Brignol Lindor, journaliste à
Radio Echo 2000, assassiné le 3 décembre
2001.
Nos deux organisations sont extrêmement préoccupées
par le fait que l'impunité qui règne dans
ces deux affaires répond à une stratégie
des autorités pour museler les journalistes jugés
trop critiques envers le gouvernement.
Les atteintes à la liberté de la presse
sont systématiques. Ainsi, en 2001, une quarantaine
de journalistes ont été agressés
ou menacés sans que les auteurs de ces exactions,
pour la plupart des partisans de Fanmi Lavalas (au pouvoir),
ne soient inquiétés. Plus d'une dizaine
de journalistes ont été ainsi contraints
à l'exil.
Le 3 décembre 2001, le journaliste Brignol Lindor,
responsable de l'information de Radio Echo 2000, une
station privée de Petit-Goâve, a été
tué à coup de pierres et de machettes.
Le 30 novembre, Dumay Bony, adjoint au maire de Petit-Goâve,
membre de Fanmi Lavalas, avait appelé à
appliquer à des membres de l'opposition la formule
"zéro tolérance", en citant
le nom du journaliste. Lancée par le président
Aristide, la politique "zéro tolérance"
donne carte blanche aux policiers pour traiter les délinquants
pris en flagrant délit. Selon une enquête
réalisée par l'Association des journalistes
haïtiens (AJH), des membres de l'organisation populaire
"Domi Nan Bwa", proche de Lavalas, ont reconnu
avoir assassiné Brignol Lindor. Le parquet de
Petit Goâve a délivré neuf mandats
d'arrêt, contre des membres de "Domi Nan
Bwa" et contre Dumay Bony. A ce jour, aucun de
ces mandats n'a été exécuté.
L'impunité persiste également dans l'affaire
Jean Dominique, journaliste et analyste politique abattu
le 3 avril 2000, dans la cour de sa station, Radio Haïti
Inter. Connu pour son indépendance de ton, Jean
Dominique critiquait aussi bien les anciens duvaliéristes
et les militaires, que les grandes familles de la bourgeoisie
ou, peu avant sa mort, ceux qu'ils soupçonnait,
au sein du parti Lavalas, le parti du président
Jean-Bertrand Aristide, de vouloir "détourner
ce mouvement de ses principes". L'enquête
sur son assassinat a rencontré de nombreux obstacles
et n'a, à ce jour, toujours pas abouti.
Ainsi, le premier juge d'instruction chargé
de l'affaire, Jean-Sénat Fleury, a abandonné
le dossier suite à des pressions. Le 26 juillet
2000, il avait invité Dany Toussaint, qui n'était
pas encore sénateur, à être entendu
comme témoin. Celui-ci s'était présenté
accompagné d'un groupe de "chimères"
(hommes de mains recrutés dans les quartiers
populaires de la capitale), venu hurler des slogans
hostiles sous les fenêtres du palais de justice.
Le juge Claudy Gassant a pris la succession du dossier
en septembre 2000. A plusieurs reprises, il a été
menacé d'une arme par des représentants
de l'Etat, au rang desquels, le député
Millien Rommange (Fanmi Lavalas), le commissaire de
police Paul Evens Saintune et des membres du service
de sécurité du palais présidentiel.
Les mesures de sécurité promises au juge
par le ministre de la Justice, Gary Lissade, ont tardé
à être mises en place et ont régulièrement
été retirées. En juin 2001, Claudy
Gassant a démissionné, avant de revenir
sur sa décision quelques jours plus tard.
Le Sénat fait également obstruction à
l'enquête. En novembre 2000, Claudy Gassant avait
à son tour invité le sénateur Dany
Toussaint à être entendu comme témoin.
Le Sénat s'est opposé à cette demande,
mettant en avant l'immunité parlementaire du
sénateur. Le 21 février 2001, Dany Toussaint
s'est finalement présenté volontairement
devant le juge. Après avoir été
entendu à plusieurs reprises par ce dernier,
Dany Toussaint a été inculpé en
mai. Dénonçant un "vaste complot",
le sénateur a alors entamé une procédure
de récusation du juge Gassant sur la base de
témoignages obtenus illégalement en prison.
En août 2001, Claudy Gassant a demandé
au Sénat de voter la levée de l'immunité
du sénateur. A ce jour, cette institution ne
s'est toujours pas prononcée.
Par ailleurs, des personnes suspectées d'avoir
participé à l'assassinat de Jean Dominique
sont mortes dans des conditions troublantes. Ainsi,
Jean-Wilner Lalanne, soupçonné d'avoir
servi d'intermédiaire entre les commanditaires
et les exécutants, est mort en juin 2000, peu
après son arrestation, suite à une opération
bénigne. De même, en novembre 2001, la
mise à mort par une foule de manifestants de
Panel Rénélus, assassin présumé
de Jean Dominique, au lendemain de son arrestation par
la police, est entourée de nombreuses zones d'ombres.
Claudy Gassant affirme qu'il été "livré
à la foule" par les policiers.
Enfin, la direction de la police judiciaire n'aurait
donné aucun ordre pour faire exécuter
les mandats d'arrêt délivrés contre
Richard Salomon et Franck Joseph, respectivement bras
droit et garde du corps de Dany Toussaint, suspectés
d'avoir participé à l'assassinat de Jean
Dominique. Par ailleurs, Paul Raymond, porte-parole
de TLK (Ti Kominote Legliz), et René Civil, porte-parole
de Jeunesse Pouvoir Populaire (JPP) ont tenu une conférence
de presse en septembre 2001, alors que des mandats d'arrêt
avaient été délivrés contre
eux.
Face aux violations systématiques de la liberté
de la presse en Haïti mettant en péril la
démocratie et l'Etat de droit, nous vous demandons
de prendre deux types de sanctions à l'encontre
des officiels haïtiens qui, de par leur position
d'autorité, empêchent les enquêtes
de progresser et maintiennent un climat d'impunité
pour les auteurs d'exactions contre les journalistes.
Informées des sanctions économiques imposées
par l'Union européenne à la République
d'Haïti, nos deux organisations considèrent
néanmoins que des mesures ciblées seraient
plus efficaces pour le rétablissement la liberté
de la presse et l'Etat de droit dans ce pays.
En espérant que notre démarche retiendra
toute votre attention, et dans l'attente d'une réponse
de votre part, nous vous prions d'accepter, Monsieur
le Ministre, l'expression de notre plus haute considération.
Fernando Castello Robert Ménard
Président de Reporters sans frontières
Président du Réseau Damoclès
1 - Nature des sanctions individuelles
- Refus de visa
Afin d'empêcher l'entrée et le transit,
sur les territoires des Etats membres de l'Union européenne
des personnes dont les noms sont cités au paragraphe
2, aucun visa d'entrée ou de transit ne leur
sera être délivré, ainsi qu'à
leur famille.
- Gel des fonds détenus à l'étranger
par les personnes citées au paragraphe 2.
2 - Personnes visées par la demande de sanctions
individuelles
Jean-Bertrand Aristide, Président de la République
d'Haïti
Jean-Marie Chérestal, Premier ministre
Henri-Claude Ménard, Ministre de l'Intérieur
et des collectivités territoriales
Jean Gérard Dubreuil, Secrétaire d'Etat
à la Sécurité publique
Gary Lissade, Ministre de la Justice
Guy Paul , Ministre de la Culture et de la communication
Yvon Neptune, Président du Sénat - Membre
de la commission chargée d'étudier la
demande de levée d'immunité parlementaire
de Dany Toussaint
Jean-Marie Fourel Celestin, Vice-président du
Sénat - Membre de la commission chargée
d'étudier la demande de levée d'immunité
parlementaire de Dany Toussaint
Ary Desir, Sénateur - Membre de la commission
chargée d'étudier la demande de levée
d'immunité parlementaire de Dany Toussaint
Norma Fortin, Sénateur - Membre de la commission
chargée d'étudier la demande de levée
d'immunité parlementaire de Dany Toussaint
Myrlande Libérus, Sénateur - Membre de
la commission chargée d'étudier la demande
de levée d'immunité parlementaire de Dany
Toussaint
Victor Magloire, Sénateur - Membre de la commission
chargée d'étudier la demande de levée
d'immunité parlementaire de Dany Toussaint
Dany Toussaint, Sénateur
Jean Nesly Lucien, Directeur général de
la Police nationale d'Haïti
Jean Dady Siméon, Porte-parole de la Police
nationale d'Haïti
Jeannot François Directeur de la Police judiciaire
Victor Jean-Baptiste Harvel, Inspecteur général
en chef de la Police nationale d'Haïti
Pierre Evens Saintune, Commissaire du Service de la
circulation des véhicules
Michel-Ange Jean-Baptiste, Commissaire de police de
Léogane
Alix Alexandre, Ex-commissaire de police de Petit-Goâve
Bellande Dumerzier, Substitut du Commissaire du gouvernement
de Petit-Goâve
Emmanuel Antoine, Ex-maire de Petit-Goâve
Dumay Bony, Ex-maire adjoint de Petit-Goâve
Lise Pierre Pierre, Doyenne du Tribunal civil
Régis Bourgeat
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Reporters sans frontières
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tél. : +33 (0) 1 44 83 84 57
fax : +33 (0) 1 45 23 11 51
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