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HAÏTI-CORRESPONDANCE serie 2 / No 103 / 14 Mai 2001
 
E-bdo d actualite haitienne et de perspective democratique et populaire _______________________________________________________________________ - Ballet diplomatique sans aucune perspective - Sortie de crise : guerre de propositions - Blocage de l'enquête sur l'assassinat de Jean Dominique

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BALLET DIPLOMATIQUE SANS AUCUNE PERSPECTIVE

Le ballet diplomatique se poursuit en Haïti sans aucun résultat concret quant a une perspective de résolution de la crise politique, aggravée depuis bientôt un an, avec les élections législatives, municipales et locales du 21 Mai 2000. La semaine dernière, l'Organisation des États Américains (OEA) a effectué sa septième mission en Haïti : septième échec, malgré la présence, cette fois, dans la délégation, de membres de la Communauté Économique de la Caraïbe (CARICOM).

La délégation, conduite par le secrétaire général adjoint de l'OEA, Luigi Einaudi, a laissé le pays le 13 mai après avoir rencontré divers acteurs impliqués dans la crise, notamment le président Jean Bertrand Aristide, les responsables de Fanmi Lavalas et ceux du Groupe de Convergence. Les émissaires de l'OEA et de la CARICOM ont aussi consulté des membres de l'Initiative de la Société Civile (ISC) et du corps diplomatique.

La mission a constaté qu'il y a beaucoup de propositions, mais aucun pas concret vers une sortie de crise. Luigi Einaudi n'a donné aucune assurance quant a la venue en Haïti d'une autre délégation conjointe de l'OEA et de la CARICOM qui devrait être conduite par le Secrétaire Général Cesar Gaviria et l'ancien Premier Ministre de la Dominique Eugenia Charles. Mais Fanmi Lavalas a fait savoir que cette autre mission serait attendue dans 10 jours a Port-au-Prince.

SORTIE DE CRISE : GUERRE DE PROPOSITIONS

De nouvelles propositions de solution a la crise ont vu le jour cette semaine. Une vingtaine d'associations patronales demandent la reprise complète des élections législatives municipales et locales de 2000, avec un Conseil Électoral Provisoire (CEP), indépendant, responsable et impartial.

L'Alternative pour le Changement (AC), un regroupement de partis d'opposition a aussi formulé ses propres propositions, reconnaissant la présidence de Jean Bertrand Aristide, et réclamant l'annulation totale des élections du 21 mai 2000 ainsi que les sénatoriales du 26 novembre. L'AC exige aussi des dédommagements pour les partis et candidats qui ont pris part aux élections de l'année 2000.

En réponse a ces propositions, le représentant national de Fanmi Lavalas, Yvon Neptune, dénonce un "coup d'état" en préparation actuellement. Quelque soit le climat dans lequel s'étaient déroulées les élections de l'année 2000, il y aurait toujours des contestations, a-t-il dit.

De son côté, le Parti Populaire National (PPN) critique le processus de négociations entre le pouvoir et l'opposition. Selon le dirigeant du parti, Benjamin Dupuy, les discussions en cours ne tiennent pas compte des intérêts des masses populaires ni les idéaux de justice, transparence et participation, prônés par J.B. Aristide lors de sa première prise de pouvoir en 1990.

Tout en invitant les acteurs politiques a mettre les intérêts du pays au dessus de leurs intérêts particuliers, le Mouvement Ouvrier Paysan (MOP), membre de l'ancienne coalition lavalas, suggère au pouvoir de surseoir aux négociations afin de s'attaquer aux graves problèmes économiques et sociaux qui frappent la société.

En Mars dernier, le Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie (CLED) avait demandé la formation d'un gouvernement et d'un Conseil Électoral Provisoire de consensus, chargés d'organiser des élections législatives générales dans une période d'un an.

Début Mai, le président provisoire proclamé par la Convergence, Gérard Gourgue, avait rendu publique, un document dans lequel il souhaitait la tenue de nouvelles élections législatives, municipales et locales et l'évaluation du scrutin présidentiel du 26 novembre.

Le président du Conseil Électoral Provisoire (CEP), Alix Lamarque, souhaite que toutes ces propositions soient prises en compte par les autorités et se dit disposé à respecter tout éventuel accord politique pour une solution a la crise.

Mais en même temps des membres du CEP effectuent actuellement des tournées a travers le pays dans le cadre de la préparation de nouvelles élections. Il s'agirait, selon eux, de faire le point sur les difficultés de l'appareil électoral au cours des dernières élections. Le CEP a déjà visité les départements du Nord, du Nord-Est, du Sud , de la Grand-Anse et du Centre.

BLOCAGE DE L'ENQUÊTE SUR L'ASSASSINAT DE JEAN DOMINIQUE

Le Juge Claudy Gassant qui conduit l'enquête sur l'assassinat du journaliste Jean Dominique menace de démissionner de son poste si le gouvernement ne renforce pas sa sécurité et ne lui octroie des moyens adéquats pour mener a bien sa tache.

Cette attitude contredit les déclarations du Ministre de la Justice Me Garry Lissade qui ne cesse d'affirmer que les autorités judiciaires ont mis à la disposition du Juge les moyens réclamés dans le cadre de l'instruction de l'enquête ouverte sur l'assassinat du PDG de Radio Haïti Inter.

L'Association des Journalistes Haïtiens (AJH), dont une délégation a rendu visite ce 14 Mai au juge Gassant, a constaté que ce dernier n'avait pas de moyens de déplacement, ni des policiers a sa disposition. "Nous comprenons mal que les autorités gouvernementales puissent mentir de la sorte": telle est la réaction de Pierre Espérance de la Coalition Nationale pour la Défense des Droits des Haïtiens (NCHR). Le pouvoir lavalas ne fait preuve d'aucune volonté de faire aboutir l'enquête autour du double meurtre du 3 avril 2000, poursuit-il.

La Plate-forme Haïtienne des Organismes de Défense des Droits Humains (POHDH) ne comprend pas non plus l'attitude des autorités lavalas. Le Coordonnateur Serge Bordenave, s'étonne de constater qu'une enquête aussi importante, dont les résultats sont attendus par toute la population, puisse rencontrer de telles difficultés.

Dans une lettre adressée au président Jean-Bertrand Aristide, Reporters Sans Frontières (RSF) a exprimé la semaine dernière sa préoccupation face au blocage du dossier et a demandé au Président d'user de toute son influence afin d'assurer que l'enquête puisse se poursuivre dans de bonnes conditions.

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