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12
juin 2001

URGENT
Liberté de la presse
HAÏTI
Nouvelles
menaces dans l'enquête sur l'assassinat du journaliste
Jean Dominique
Dans une lettre adressée au ministre de
la Justice, Gary Lissade, Reporters sans frontières
(RSF, www.rsf.org)
a exprimé sa vive préoccupation après
les révélations sur l'existence d'un plan
présumé pour tuer le juge Claudy Gassant,
chargé de l'enquête sur l'assassinat du journaliste
Jean Dominique, et le sénateur
Prince Pierre Sonson, qui a toujours demandé que
justice soit faite dans cette affaire. RSF a demandé
l'ouverture d'une enquête sur ces menaces d'assassinat.
Elle a également demandé au ministre de
tout mettre en |uvre pour garantir la sécurité
des deux hommes. "Il est de votre devoir et de votre responsabilité
d'assurer la protection du juge et de toutes les personnes
concernées par l'enquête", a rappelé
Robert Ménard, secrétaire général
de RSF. L'organisation s'est dite par ailleurs "troublée"
par le caractère défectueux du matériel
alloué par les autorités pour assurer la
sécurité du juge.
Selon des informations diffusées le 8 juin 2001
par la station Radio Haïti Inter, la tête
du juge Claudy Gassant et celle du sénateur Prince
Pierre Sonson, ont été mises à prix.
Au cours d'une réunion qui s'est tenue le 6 juin
2001, il aurait notamment été décidé
d'assassiner le juge Gassant avant la publication des
résultats de l'enquête. A plusieurs reprises,
Claudy Gassant a été l'objet de menaces
ou d'actes d'intimidations. Il est le deuxième
juge d'instruction en charge de l'enquête sur l'assassinat
de Jean Dominique. Son prédécesseur, Jean-Sénat
Fleury, avait préféré abandonner
le dossier après avoir subi des pressions.
Le sénateur Prince Pierre Sonson, membre du parti
Fanmi Lavalas (au pouvoir), est connu pour avoir régulièrement
demandé que l'assassinat du journaliste ne reste
pas impuni. En janvier 2001, il avait demandé au
sénateur Dany Toussaint de répondre à
une invitation du juge qui souhaitait l'entendre comme
témoin. Faisant valoir l'immunité parlementaire
de D. Toussaint, une majorité de sénateurs
s'opposait à cette convocation. Le 13 avril, des
inconnus avaient lancé des pierres et tiré
à l'arme automatique sur le domicile de Prince
Pierre Sonson, sans faire de victimes. Ce dernier avait
attribué cette attaque à ses prises de position,
notamment sur l'assassinat de Jean Dominique.
Par ailleurs, selon des sources proches de l'enquête,
une partie des hommes affectés à la sécurité
du juge Claudy Gassant sont dans l'impossibilité
d'assurer leur mission. En effet, plusieurs armes ainsi
que les deux véhicules alloués à
l'enquête, il y a moins d'un mois, par le ministère
de la Justice, sont déjà hors d'usage. Ce
matériel leur avait été remis bien
que son caractère défectueux avait été
signalé par les enquêteurs. Actuellement
en réparation, il n'a pas été remplacé.
Le 8 juin 2001, Claudy Gassant a remis les conclusions
de son enquête au Commissaire du gouvernement (procureur
de la République). Ce dernier dispose de cinq jours
pour demander un éventuel complément d'informations
au juge. Le cas échéant, l'ordonnance du
juge, qui inclut les noms des personnes devant être
arrêtées ou inculpées, sera rendue
publique. Informé de son inculpation dès
le 25 mai 2001, Dany
Toussaint a attribué celle-ci "à un vaste
complot" et ne s'est présenté
à aucune des trois convocations du juge la semaine
dernière.
Le jour même où le juge remettait ses conclusions
au Commissaire du gouvernement, une quarantaine d'associations
de la société civile haïtienne publiaient
une lettre ouverte dans laquelle elles exprimaient leur
détermination à voir cette affaire aboutir.
Le 3 avril 2000, Jean Dominique, le journaliste et analyste
politique haïtien le plus connu du pays, était
abattu dans la cour de sa station, Radio Haïti
Inter. Connu pour son indépendance de ton,
le journaliste critiquait aussi bien les anciens duvaliéristes
et les militaires, que les grandes familles de la bourgeoisie
ou, plus récemment, ceux qu'il soupçonnait,
au sein de Fanmi Lavalas, le parti du président
Jean-Bertrand Aristide, de vouloir "détourner ce
mouvement de ses principes". Dans un rapport publié
le 2 avril 2001, RSF dénonçait que l'enquête
a failli être étouffée à plusieurs
reprises.
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Régis Bourgeat
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