17 novembre 1997
La democracie est arrivee en Haiti et ses benefices sont importants et tangibles. Il y a actuellement une grave crise politique, sans qu'il y ait pour autant un danger de violence officielle. Les dirigeants haitiens sont en train de chercher une solution a l'interieur du cadre constitutionnel.
Bien que le role de l'ex-president Jean-Bertrand Aristide ait ete recemment critique, son role etait encore crucial pour que les Etats-Unis, avec le soutient des Nations Unies, le replace comme president en 1994. Il a dirige la lutte pour la democratie, premierement en abolissant les militaires haitiens et, deuxiemement, en presidant d'une maniere pacifique au transfere du pouvoir d'un president elu a un autre.
Ces gains democratiques sont cependant contrebalances par une crise politique qui a pour cause la dissolution du mouvement Lavalas et la lutte pour le pouvoir entre ses differentes composantes. Frustre par son incapacite a gagner le consentement du parlement en ce qui conserne les reformes economiques, le premier ministre du president Rene Preval demissionna le 9 juin. La recherche d'un successeur s'est avere sans succes depuis cinq mois, avec d'une part Aristide dirigeant l'opposition aux privatisations et, d'autre part, l'aile rivale du parti Lavalas s'opposant au choix du premier ministre.
Fusionner le pouvoir avec la responsabilite est crucial pour que le gouverment soit effectif. La crise politique en Haiti est arrivee en grande partie parce que les responsabilites officielles se trouvent au sein de l'Executif et du Legislatif, alors que le pouvoir reste entre les mains d'Aristide, le politicien le plus populaire du pays. Aristide a lance une nouvelle aile du partie Lavalas, appele la famille Lavalas, alors que l'ancienne aile, connue en tant que l'Organisation Politique du Lavalas (OPL), maintient une majorite relative dans la legislature. Le president Preval est pris entre les deux. Sans une plus grande convergeance entre pouvoir et responsabilite, Aristide peut bloquer tout initiative.
Le 21 septembre Preval decria la separation au sein de la coalition Lavalas qui a paralyse son gouvernement de la maniere suivante :
Ce conflit reside entre ceux d'entre nous qui etaient ensemble dans le passe, un malentendu entre ceux d'entre nous qui avont combattu ensemble dans le passe contre le coup d'etat, et aujourd'hui nous sommes en train de nous battre entre nous. Je pense que ceci est dangeureux.
Bien qu'il m'ait pas reussi a nommer un premier ministre avant la date butoire -- impose a lui-meme-- du 26 septembre, Preval continua des negociations marathon avec les divers composantes du Lavalas. Au moment ou cette article est ecrit, les rivaux au sein du Lavalas ne veulent meme pas se parler entre eux. Ils ont quitte la table et les discussions continuent de maniere separees.
Qu'importe qui va etre finalement nommine, il va devoir faire face a une situation d'extreme urgence dans un pays ou la menace de violences politiques, de greves et de barrages routiers sont devenu presque quotidiens. Leur effet cumulatif rend le pays a la limite de l'ingouvernabilite.
La crise est alimentee par un besoin desespere de reformes et de modernasation de l'economie haitienne. La pauvrete du peuple haitien est un scandal pour l'hemisphere. Le paquet des reformes economiques, qui inclue la privatisation des entreprises de l'Etat, c'est avere etre controverseel a la fois parce qu'il menacent le travail de certains fonctionnaires et parce que ces reformes sont devenues un pretexte qui justifie la frustrasion de la population face au status quo economique. Le peuple haitien a effectivement gagne la bataille pour la democratie, mais il reste deconcerte et fruste dans la bataille pour le progres economique. La lenteur des reformes a mis a bout la partence des doneurs, qui ce sont resolu a s'accommoder de la complexite politique en Haiti. Cependant, leur patience va devoir etre poussee encore plus en avant si l'on ne veut pas perdre la globalite du paquet des reformes et avec ellei beaucoup des dirigeants democratiques haitiens.
Haiti ne souffre pas seulement d'une crise de direction mais aussi de la perte de la foi dans le processus politique. Lors des elections de 1990 qui ont amenees Aristide au pouvoir, 95 pourcents de la population a ete vote. Le 6 avril dernier, avec 9 sieges au senat, 2 sieges a la chambre et pres de 600 conseils locaux en jeu, seulement 5 a 10 pourcents de la populaation c'est senti suffisamment consernes pour aller voter. Les politiciens haitiens ont interprete cela comme un boycott populaire. Avec des cris de fraudes et de manipulations se faisant echo dans tout le pays, la commission electorale a ete dans l'impossibilite de programmer la suite des elections. Le resultat a ete un president afaibli, un parlement a la foi tronque et fragmente, et un gardien comme premier ministre sans l'autorite suffisante pour prendre des decisions majeures.
En tant que president, il apparait signaler son soutien pour le paquet des reformes economiques, bien qu'il commenca a attaquer les reformes -- en particulier les privatisations -- seulement quelques mois apres l'entree en fonction du president Preval. Quand le mouvement Lavalas, sous la direction de l'ancien dirigeant politique Gerard Pierre-Charles, continua a soutenir le gouverment, Aristide a pris l'initiative de creer un partie rival, le Famile Lavalas.
En tant que jeune pretre, Aristide semblait chercher la confrontation avec l'authorite de l'Eglise. En tant que revolutionnaire, il condamna la dictature et appela a la democratie. En tant que president, il se vit confronte aux contraintes de la constitution, constitution pour la restoration de laquelle il s'etait battu. En tant qu'ex-president et ne faisant plus parti formellement du processus de prise de decisions, son mefiance pour les institutions s'intensifiere. Avec la creation du nouveau partie, Famile Lavalas, Aristide apparait etre revenu a un authoritarisme ecclesiastique jadis condamne. Voyant le controle mouvement Lavalas lui echappe, il ne chercha pas a construire une couvelle coalition a l'interieur du partie. A la place il excommunia ses amis de longue date au sein du vieux Lavalas pour creer une nouvelle eglise, sans autre doctrine ou dogme qu'une loyaute sans conteste envers son dirigeant.
Sans la vision et le courage d'Aristide, Haiti souffrirait encore sous la dictature. Paradoxalement, le nouveau defis pour les dirigeant politiques haitiens est d'utiliser les leviers du pouvoir constitutionnel face au penchant anticonstitutionnel d'Aristide.
Bien qu'il ne soit plus en fonction depuis pres de deux annees, Aristide est encore la figure politique la plus influente en Haiti. Il a ete largement critique pour les affaires dont il est supposees avoir fait et pour l'abandon opportun de positions prisesen tant que president. Peut-etre que le plus prejudiciable au yeux de haitiens ordinaires, est le fait qu'il a cesse de partage leur experience de la pauvrete pour vivre d'une facon proche de celle des quelques riches privilegies. Malrges ces elements negatifs, il reste cependant favorit dans la cours a la presidence de l'an 2000, date a laquelle la constitution l'authorisera a nouveau a concourir.
Le partie Lavalas d'origine maintenant connu comme l'Organisation Politique du Lavalas, ou OPL, est encore le partie qui gouverne. Malrge ses liens etroits avec Aristide, le president Preval n'a pas rompu avec l'OPL, ce dernier controlant le parlement. Etant donne le don d'Aristide pour definir l'esprit d'Haiti, une penible bataille est a prevoir pour maintenir en fonction l'OPL de maniere coherant. Les election du 6 avril, caracterisees par une participation abysalement basse, a ete en faveur des candidats du partie Famile Lavalas rivaux. L'OPL a denonce les elections, denoncant des abus de pouvoir et des fraudes techniques tout en appelant a la resignation de la commission electorale. Les Nations Unies et OAS ont aussi critiques les elections, alors que les Etats-Unis les ont acceptees. Quand Preval decida d'aller de l'avant en refusant d'annuler les elections, l'OPL refusa de cooperer dans la nommination du premier ministre. Malgre ces revers electoraux, l'OPL a encore quelques avantages importants. Son dirigeant, Pierre-Charles, est universellement respecte en tant qu'homme d'etat democrate qui n'abandonna pas sa loyaute pour le gouvernement constitutionnel durant l'exil d'Aristide. Pierre-Charles a aussi bati de solide liens de loyaute avec les officiels locaux a travers toute l'ile. Un autre facteur positif est la popularite ascendante de jeunes parlementaires tels que Kely Bastien et Alex Fils-Aim. Ils parlent de maniere convaincante de la bataille entre ceux qui travaillent a la construction d'une structure qui vise a rendre le gouvernement responsable contre ceux dont la loyaute personnelle fait office de vertue transcendante. Garder l'OPL uni et l'empecher d'eclater est une tache cruciale pour l'avenir d'Haiti, l'OPL jouant un role determinant dans le progres democratique de ce pays.
Un autre atout pour l'institutionalisation de la democratie restide dans le melange de parties avec des plateformes disparates. Il serait une erreur que de rejeter ces politiciens comme des dirigeants sans peuple. Parmis eux il ya des hommes et des femmes de talent et de vision qui sont capables de voir au-dela de la crise.Il y a dans leur rang l'ancien socio-democrate Victor Benoit aussi bien que le fier et charismatique Evans Paul, l'ancien maire de Port-au-Prince. Il se retrouvent uni dans leur mefiance de Lavalas, leur colere face a ceux qui ont preside les frauduleuses election du 9 avril, et leur determination a utiliser la presente crise pour reformuler les regles du jeu politique pour leur donner une meilleur chance de concourir.
Ce sont des petits groupes qui ont emerges spontanement tout au long de la lutte du peuple haitien pour la democratie depuis le depart de Jean-Claude Duvalier en 1986. Ils expriment frequemment la colere justifiee de la population avec le status quo. Des organisations telles que Jan Tonbe Tonbe (JTT, "Peu importe comment cela va arriver, tant que ca arrive") appelent a la demission du gouvernement et a la greve generale. Le degre d'efficacite d'une telle greve est difficile a gauger dans un pays avec 60 a 70 pourcents de chomage. La greve a ete credite pour avoir hate le depart du premier ministre Rosny Smarth et de son gouvernement en juin dernier. La retorique de JTT est frequemment liee avec la menace de recourir a la violence: "Nous avons tenu des conferences, des reunions et, peu-etre que, si nous avons a inviter le peuple a prendre les armes contre ces gens pour les forcer a quitter le Palais National, nous allons inciter le peuple a la violence."
Les deux ailes du Lavalas doivent maintenant tenir compte avec le sentiment de colere de la plupart des Haitiens face a la faillite des acteurs politiques a depasser leur etroit interet propre. Ceux qui encourageraient et participeraient au processus qui donnerait de la direction et de la cohesion pour sortir du chao politique actuel gagneraient la gratitude du peuple haitien.
Le 16 septembre un membre de la chambre basse a parle pour beaucoup quand il a demande que les differentes composition du mouvement Lavalas "unissent leurs forces" pour le temps de la comemoration du sixieme anniversaire du coup d'Etat militaire du 30 septembre. Le depute Garry Guiteau a dit, "Pour ceux d'entre nous qui sont encore Lavalas, nous devons travailler ensemble." Il a appele a une profonde reflection."
La consequence directe de l'initiative du president Clinton de remettre le President Aristide au pouvoir est que la crise politique dont Haiti fait l'experience se joue sans qu'il n'y ait un soutient officiel pour la violence et, jusqu'a present, dans les limites de l'ordre constitutionnel. Cependant il serait premature de placer trop d'importance dans ce nouveau et fragile systeme democratique. Les acteurs domestiques et exterieurs reagissent a chaque nouvelle manifestation de la crise en tirant une nouvelle fois sur la democratie pour voir si les racines sont encore la.
Depuis trop longtemps la communaute international a justifie son manque d'action en reference avec le caractere unique des Haitiens et en observant qu'ils vont s'en sortir a leur maniere et en temps voulu. Mais que se passe-t-il si la derniere crise engendre une telle tension sur le systeme au point que le corps politique deja fragmente soit incapable de se sortir de la crise? Les solutions democratiques demandent une certaine dose de consensus.
Une solution doit etre trouvee pour reformuler et representer le paquet economique et administratif des reformes ou sinon le cause entiere de la modernisation et de la reduction de la pauvrete risque d'etre perdue. Lesdoleances des fonctionnaires concernant la perte de leur travail doit etre contenue avec de justes mesures economiques, sociales et politiques. Mais quand ces doleances se retrouvent combinees avec la lutte des pauvres pour comprendre et identifier la source de leur misere, le resultat est dangereux. Face a ces faits, une aide massive et oriente vers la reduction de la pauvrete est nessessaire.
Une recente etude menee par une equipe bipartisane du Comite des Affaires Etrangere de la Chambre a montre la direction pour sortir de la crise. Il est urgent que les Etats-Unis soutiennent fermement une serie de mesures immediates pour revigorer l'economie et pour aider a la creation d'employes permanents dans le secteur prive. Pour etre efficace, cet effort doit inclure des fonds necessaire a un filet de securite social, comme le recommende le president Preval.
Cette etude a mis l'accent sur le renouveau du soutient americain pour Haiti, partage entre l'executif et le legislatif, ce qui devrait permettre aux haitiens ordinaires de resentir des effets substantiels de la democratie soutenue par les Etats-Unis et les Institutions financieres internationales. C'est seulement apres un tel apport sous forme d'aide et de revigogaration de l'economie que les dirigeants haitiens auront le courage pour entreprendre des reformes a long terme et pour la modernisation.
Tous les politiciens, Aristide inclu, doivent operer dans un climat de large rejet du le processus politique. La structure institutionnelle elle-meme, jusqu'ici respectee, est en danger.
De plus, la situation est telle qu'elle necessite la prise d'une initiative internationale majeure pour extraire Haiti de sa crise. Si realistiquement la pression internationale sera exercee dans tous les cas, ce qui est essentiel c'est que cela soit fait ouvertement et dirige vers un but claire, ateniable et consensuel.
La necessite d'une plus grande implication internationale est augmentee par l'imminente expiration le 30 novembre du mandat pour la mission de L'ONU en Haiti. Les 1170 soldats canadiens et pakistanais ont assure un soutient pour le gouvernement de Preval. Leur depart va arriver a un moment ou l'insecurite augmente. La police haitienne nouvellement formee depuis deux ans est loin d'etre pret a remplacer la mission de l'ONU. Le gouvernement va avoir besoin d'une assistance exterieure en matiere de securite, mais les arrangements bilateraux ad-hoc sont un substitut impartial au mandat de l'ONU. Il serait imprudent pour la communaute internationale de continuer son attitude. A la suite de la visite du secretaire d'Etate Albright, une delegation de haut niveau devrait aller en Haiti pour demander un minimum de consensus entre les dirigeants du Lavalas. Loin d'empieter dans la souverainete d'Haiti, une telle delegation devrait ajouter sa voix a celle de l'opinion publique en Haiti.
Avec 70 pourcents de chomage ou de sous-employe, un revenu moyenequivalent a deux dollars par jour,et un tiers des enfants en dessous de l'age de cinq ans en etat de malnutrition., une large part de la population haitienne est au bord du gouffre. A moins d'une action decisive de la part de la communaute internationale, Haiti pourrait bien aller au desastre et a la destruction de la democratie si durement gagnee.
La tache centrale pour Haiti et pour les Etats-Unis est de construire un consensus pour le developement en Haiti et pour la creation d' employes. Les supportaires d'Haiti a l'etranger doivent encourager a la fois l'aide publique et l'investissement prive en Haiti. Les rivaux haitiens doivent s'unir autour de l'idee que l'Etat doit faciliter la croissance de l'economie plutot que d'etre une machine au mains de quelques privilegiers.