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Subject:
Haïti : la mort d'un meurtrier présumé
de Jean Dominique jette un doute sur la volonté
des autorités de faire la lumière
sur la mort du journaliste
Liberté
de la presse
14
novembre 2001
HAÏTI
Enquête
sur l'assassinat de Jean Dominique
Le second décès d'un suspect en état
d'arrestation jette un doute sur la volonté des
autorités de faire la lumière sur la mort
du directeur de Radio Haïti Inter
Dans une lettre adressée à Jean-Bertrand
Aristide, président de la République,
Reporters sans frontières (RSF) a exprimé
son indignation après la mise à mort par
une foule de manifestants de Panel Rénélus,
l'une des meurtriers présumés du journaliste
Jean Dominique, au lendemain de son arrestation par
la police. L'organisation a demandé l'ouverture
immédiate d'une enquête administrative
pour que les responsables de la sécurité
du prisonnier au sein de la police soient sanctionnés.
RSF a également demandé au Président
l'ouverture d'une enquête afin que les auteurs
de ce crime soient punis et que toute la lumière
soit faite sur leurs mobiles.
"De nombreuses zones d'ombre entourent cet assassinat
: pourquoi le prisonnier a-t-il été conduit
dans un sous-commissariat où il n'était
même pas enfermé dans une cellule ? Pourquoi
a-t-il été conduit à Léogane
et non à Port-au-Prince ? Comment se fait-il
que la police n'ait pas opposé de résistance
aux manifestants ?", s'est interrogé Robert Ménard,
secrétaire général de RSF. Ce dernier
a rappelé : "Il s'agit de la deuxième
personne suspectée d'avoir participé à
l'assassinat du journaliste qui meurt dans des circonstances
douteuses après avoir été arrêtée
par la police." "Dans cette affaire, il semble que la
police se soit une nouvelle fois discréditée.
Quand bien même il ne s'agirait que de négligences,
celles-ci contredisent la volonté de faire la
lumière sur cette affaire que vous et votre gouvernement
avez proclamée à plusieurs reprises ",
a conclu Robert Ménard.
Selon des informations recueillies par RSF, Panel Rénélus,
un complice présumé dans l'assassinat
de Jean Dominique, directeur de Radio Haïti Inter,
a été tué à coups de pierres
et de machettes par une foule de manifestants, le 9
novembre 2001. La scène a eu lieu juste après
que le juge Claudy Gassant, en charge de l'enquête
sur la mort du journaliste, était venu constater
que le prisonnier n'était pas détenu au
commissariat central mais dans un sous-commissariat.
Il avait demandé que le suspect, considéré
comme important pour l'enquête, soit transféré
dans un lieu plus sûr. Ce dernier ne se trouvait
pas dans une cellule mais allongé par terre dans
un couloir du sous-commissariat, les pieds et les mains
menottés. C'est peu après avoir rejoint
son véhicule que le juge a vu la foule le massacrer.
"La police l'a livré à la foule", a expliqué
le magistrat. Il a rapporté que le responsable
du sous-commissariat a refusé d'enfermer Panel
Rénélus dans une cellule lorsqu'il le
lui a demandé. Des complices du suspect, placés
dans des cellules, n'ont pas été agressés.
Après avoir tué Rénélus,
la foule aurait tenté de s'en prendre au juge
qui a pu quitter les lieux sous la protection de ses
gardes du corps. Bien que le directeur général
de la police, Jean Nesly Lucien, ait promis des renforts,
aucune patrouille n'a été dépêchée.
Les policiers présents n'ont semble-t-il opposé
aucune résistance à la foule, tirant des
coups de feu en l'air pour la disperser une fois le
crime commis. Le lendemain matin, le porte-parole de
la police, Jean Dady Siméon, a expliqué
à l'antenne de Radio Haïti Inter que "la
foule a estimé qu'elle [avait] suffisamment de
structure pour juger Panel et qu'elle [pouvait] lui
donner la sentence qu'il [fallait]."
Panel Rénélus avait été
arrêté la veille à Malpasse, un
poste-frontière avec la République dominicaine
situé à 40 km à l'est de Port-au-Prince,
puis immédiatement transféré à
Léogane, situé à 30 kilomètres
au sud-ouest de la capitale. La ville de Léogane,
où Rénélus est soupçonné
d'avoir commis plusieurs crimes, ne compte pas de chambre
criminelle. Plusieurs observateurs s'interrogent sur
les raisons pour lesquelles Panel Rénélus
n'a pas été détenu à Port-au-Prince,
où il était poursuivi pour l'assassinat
du journaliste, alors qu'il faut traverser la capitale
pour arriver à Léogane. "Le conduire au
sous-commissariat de Léogane, c'était
le jeter dans la gueule du lion", a confié l'un
d'entre eux à RSF.
Arrêté le 15 juin 2000, Jean Wilner Lalanne,
soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire
entre les commanditaires et les exécutants de
l'assassinat de Jean Dominique, était mort quelques
jours plus tard, après avoir subi une opération
bénigne. Son corps avait ensuite disparu de la
morgue alors que les enquêteurs souhaitaient pratiquer
une autopsie.
Le 3 avril 2000, Jean Dominique, le directeur de Radio
Haïti Inter et analyste politique haïtien
le plus connu du pays, était abattu avec le gardien
de la station, Jean-Claude Louissaint, dans la cour
de la radio. D'après sa veuve, Michèle
Montas, "Jean a été tué parce qu'il
était incontrôlable". Dans son éditorial
du 19 octobre 1999, le journaliste avait vivement mis
en cause les ambitions de M. Toussaint, membre de Fanmi
Lavalas. Début août 2001, le juge d'instruction
a demandé la levée de l'immunité
parlementaire de ce dernier, élu sénateur
en mai 2000, pour son implication présumée
dans l'assassinat du journaliste. Invoquant d'autres
priorités, le Sénat ne s'est toujours
pas prononcé.
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Régis Bourgeat
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