HAÏTI-CORRESPONDANCE
serie 2 / No 122 / 12 novembre 2001
E-bdo
d'actualité haïtienne et de perspective
démocratique et populaire _______________________________________________________________________
Nous partageons la douleur de nos voisins de la Republique
Dominicaine, frappes par le deuil apres le crash
ce 12 novembre d'un avion de la American Airlines
en partence de New-York vers Santo-Domingo, avec plus de
250 passagers a son bord. Nous leur presentons nos sinceres
sympathies.
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- Toujours des troubles à Port-au-Prince
- Politique gouvernementale
et critiques de divers secteurs
- Affaire Jean Dominique
: lynchage d'un suspect
- Menaces contre les défenseurs
de droits humains : les réactions se poursuivent
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TOUJOURS DES TROUBLES À PORT-AU-PRINCE
Le centre-ville de Port-au-Prince s'est réveillé
ce 12 novembre avec des rues barricadées
a l'aide de pneus enflammés. Ce qui a perturbé
les activités commerciales en début
de matinée dans plusieurs quartiers de la
ville où les habitants réclament des services
sociaux et meilleures conditions de vie.
Durant la même journée on a appris qu'un
nouvel affrontement a eu lieu entre groupes armés
a Cité Soleil, au nord de la capitale, faisant
au moins 5 morts. Selon les dernières nouvelles,
un détachement de la police est sur place,
s'interposant entre les belligérants.
La semaine dernière d'importants troubles ont
été enregistrés dans le quartier
de La Saline, toujours au nord de la capitale. Le dernier
bilan des affrontements entre deux bandes rivales
pour le contrôle du marché public
de la zone fait état d'au moins 6 morts et de
plusieurs centaines de maisonnettes incendiées.
Le président Jean Bertrand Aristide, qui s'est
rendu sur les lieux le 6 novembre, a annoncé
le déblocage de plus de 2 millions de gourdes
au profit des victimes. Ces dernières revendiquent
la reconstruction de leurs maisonnettes. Par la
suite un arrêté présidentiel a destitué
le cartel dirigeant la mairie de Port-au-Prince,
traversé par des conflits et accusé
de corruption.
Un nouveau cartel présidé par l'ancien
directeur du Théâtre National d'Haïti,
Yves Médard dit Rassoul Labuchin, a été
nommé et devrait entrer en fonction ce lundi.
L'ancienne mairesse, Marie Yves Pouponeau Duperval,
a critiqué la décision présidentielle,
qui, selon elle, ne cadre pas avec les préscrits
constitutionnels.
En dehors de ces dernières décisions
prises par la présidence, rien n'a été
dit sur les dispositions qui seraient prises par la
police ou la justice, suite aux troubles de La
Saline.
Le Directeur du Service Oeucuménique pour le
Développement et l'Éducation Populaire
(SEDEP), l'anthropologue Jean Yves Blot, pense que ces
troubles témoignent d'un profond problème
institutionnel, dans la mesure où la justice
et la police sont de moins en moins crédibles.
Jean Yves Blot craint la reproduction a l'infinie de
perturbations dans les quartiers populaires tiraillés
par des problèmes socio-économiques cuisants.
Il met en doute l'efficacité des interventions
ponctuelles du type de celle du président
Aristide et prône plutôt des interventions
d'ordre structurel. Pour lui, il est difficile de croire
à une quelconque volonté politique
de résoudre ces problèmes.
POLITIQUE GOUVERNEMENTALE
ET CRITIQUES DE DIVERS SECTEURS
Le gouvernement n'espère plus recevoir de l'aide
internationale et revoit sa stratégie. Le
Bureau du Premier Ministre annonce que le programme
d'action 2001/2002 du gouvernement a été
modifié. Les actions envisagées désormais
vont être réalisées sur la base
des recettes publiques et mettront l'accent sur
les secteurs socio-économiques tels que
: l'éducation, l'alphabétisation, la santé,
l'agriculture...
L'aide internationale gelée s'élève
à plus de 500 millions de Dollars. Cela
n'a pas empêché des dépenses somptuaires,
critiquées par plusieurs secteurs de la
société, y compris des groupes ou personnalités
proches du pouvoir.
La dernière position en date est celle de la
plate-forme Initiative de la Société
Civile (ISC) qui regroupe plusieurs associations des
secteurs privé, religieux et du monde enseignant.
L'ISC lance un cri d'alarme par rapport à
la situation générale du pays qui risque
de se transformer en "entité chaotique ingouvernable".
La plate-forme estime qu'il faut en finir rapidement
avec les négociations autour de la crise électorale pour
aborder les grands dossiers nationaux.
L'ISC dénonce le laxisme de l'état en
matière de gestion des finances publiques,
avec un déficit de 2 milliards 200 millions de
gourdes par rapport à des dépenses
de l'ordre de 7 milliards. L'ISC relève également plusieurs
anomalies, dont la perception de recettes et des dépenses
par des instances publiques en dehors des procédures
de contrôle réglementaire, alors que
pour la quatrième année consécutive,
le pays fonctionne sans budget approuvé
par le Parlement.
Plus loin l'ISC souligne une "absence flagrante de
coordination, d'orientation, de solidarité
et de respect de la hiérarchie". Le regroupement
indique que le pouvoir judiciaire "a atteint une déchéance inédite
à ce jour", tandis que "des policiers et des
membres de Collectivités territoriales procèdent
à des exécutions extra-judiciaires".
Quant aux partis d'opposition, ils "ne jouent pas le
rôle de critique, de sentinelle et de garde-fou
qui leur incombe". Un des membres de l'ISC, Pauris
Jean-Baptiste de la Fédération Protestante
d'Haïti, a même déclaré
à la presse que "l'opposition politique haïtienne
est passive, sans imagination, sans agenda".
Du coté du pouvoir comme de celui de l'opposition,
on rejette les critiques de l'ISC. Le Ministre
de la Culture et de la Communication, Guy Paul,
accuse l'ISC d'hypocrisie et de partisanerie. L'ancien sénateur
Paul Denis de la Convergence Démocratique invite
les membres de la Société Civile
à ne pas se comporter comme des spectateurs et
à s'impliquer davantage dans la recherche
d'une solution à la crise.
AFFAIRE JEAN DOMINIQUE
: LYNCHAGE D'UN SUSPECT
Un des suspects dans l'assassinat du directeur de Radio
Haïti Inter, Jea n Dominique, et du gardien
de la station Jean-Claude Louissaint a été lynché
le 9 novembre écoulé au commissariat de
Léogane, au sud de la Capitale. Le nommé
Ti Panel a été appréhendé
par la police, alors qu'il tentait de traverser la frontière
haitiano-dominicaine.
Des militants de droits humains ne comprennent pas
que la police n'ait pu prendre des précautions
nécessaires pour protéger le suspect et
parle de complicité. Ils rappellent qu'a
la fin de l'année 2000, un présumé complice
du meurtre, Jean Wilner Lalane, est décédé
mystérieusement alors qu'il était
sous surveillance médicale et policière
et son cadavre a disparu.
L'enquête autour de l'assassinat du journaliste
Jean Dominique continue de piétiner. Reporters
Sans Frontières (RSF) et l'International Alliance for
Justice for Jean Dominique (IAJJD) s'inquiètent
de l'absence de vote du Sénat sur la levée
de l'immunité parlementaire du sénateur
Dany Toussaint, inculpé dans le cadre des
assassinats du 3 avril 2000.
Dans une lettre adressée au
président du Sénat, Yvon Neptune,
RSF et IAJJD lui ont demandé "de prendre
les mesures nécessaires afin que le Sénat
se prononce dans les meilleurs délais sur la
requête du juge d'instruction".
La même demande a été formulée
la semaine dernière par la Commission Épiscopale
Nationale Justice et Paix.
Dans un rapport de mission a
l'issue d'une récente visite de deux semaines
en Haïti, Amnesty International déplore
que cette enquête soit au point mort depuis
deux mois, une commission du Sénat délibérant
pour décider de lever ou non de l'immunité
parlementaire du sénateur Toussaint. "De
tels retards font naître de sérieux doutes
sur la volonté des autorités de donner
suite à leur engagement maintes fois réitéré concernant
la transparence, la justice et l'obligation de rendre
des comptes".
"L'enquête sur l'affaire Jean Dominique représente,
en soi, un test crucial pour évaluer l'attachement
d'Haïti aux principes relatifs aux droits
humains", souligne Amnesty International.
Par ailleurs l'organisation déclare qu'Haïti
traverse une période critique sur le plan
des droits humains. Tout en notant certains évolutions
positives, par exemple dans la gestion des prisons,
Amnesty Interational prie instamment les autorités
haïtiennes d'affirmer leur engagement envers
les principes relatifs aux droits humains, face à
une série de défis sans précédent
ces dernières années.
MENACES CONTRE LES DÉFENSEURS
DE DROITS HUMAINS : LES RÉACTIONS SE POURSUIVENT
Des réactions continuent de se multiplier après
la révélation par la Plate-forme
des Organisations Haïtiennes des Droits Humains
(POHDH) de l'existence d'une liste de quinze défenseurs
des droits humains menacés d'assassinat.
Le Groupe d'Appui aux Rapatriés et Réfugiés
(GARR) dénonce et condamne ces menaces et
renouvelle son soutien à ces militants, les encourageant à
poursuivre leur travail malgré les difficultés.
C'est le cas aussi de l'organisme anglais Christian
Aid.
D'autre part les organisations National Coalition for
Haitian Rights, International Human Rights Law
Group, Human Rights Watch, Center for International
Policy, Washington Office on Latin America, Lawyers' Committee
for Human Rights ont demandé par lettre au président
Aristide que des investigations sérieuses soient
menées sur cette affaire.
La semaine dernière, les mêmes appels
ont été lances par Fondation Echo Voix
Jean Dominique, Amnistie Internationale, Centre International
de Ressources Juridiques, Centre Justice et Foi,
Comité Chrétien pour les Droits humains
en Amérique latine, Développement et Paix,
Entraide Missionnaire, Ligue des droits et libertés
et Reporters sans frontières ont fait parvenir
une lettre ouverte au président Jean Bertrand Aristide. ______________________________ SICRAD
- "Informer sur les processus" ------------------------------------------------------ Service
d'Information du Centre de Recherche et d'Action pour
le Développement BP 13241, Delmas, Haïti
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