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Prévale a voulu eliminer sénateur Boulos

Originally: Thèmes de l’Emission de la semaine

Robert Benodin, of the opposition party RDNP, 2008-04-05

Haiti Democracy Project web page item #3933 (http://www.haitipolicy.org)

Au début de son second mandat Préval faisait montre d’un désintéressement total pour le pouvoir. Comment a-t-il pu, de sitôt, pousser l’appas du pouvoir jusque là ? Prévale a voulu sceller l’irréversibilité de la destitution du sénateur Boulos, par l’incarcération suivie de coma diabétique provoqué. Par intervention divine, par intuition ou par instinct de conservation, le sénateur Boulos a spontanément ressenti le besoin de quitter la salle où se tenait la session de destitution du 18 mars. C’est ainsi qu’il a eu la vie sauve.

 

Embarrassé par les conséquences de ce méfait, face aux diplomates qui viennent à lui pour s’enquérir des raisons d’une telle action politique aussi drastique que spectaculaire, Prévale se cabre, et pour évader la question, il prend pour prétexte l’entrevue donnée par le sénateur Boulos, 3 jours après son lynchage politique, comme l’expression manifeste de sa volonté de rompre et de couper les ponts. Certes, il y a et il y aura toujours toutes sortes de ponts qui mènent aux dictateurs et aux despotes de ce monde. Mais, la question est de savoir, par où passe-t-on pour franchir ces ponts ? Par la corruption, par la prostitution, par la domestication et par la bassesse. Voilà ce qui rendent ces ponts infranchissables à ceux qui ne peuvent, et ne veulent pas vendre leur conscience de citoyen, pour un plat de lentille ou pour la jouissance d’un pouvoir mal acquis.

 

Quel était le but de cette entrevue dont Préval se plaint ? C’était, autant que faire ce peut, de rendre public, tout ce qui en vérité a sous-tendu cette opération de destitution. En d’autres termes, l’intention c’était de faire comprendre au public, d’une part, que le moyen utilisé pour radier le sénateur Boulos, la double nationalité, est un prétexte farfelu, illégal et inconstitutionnel. Et de l’autre, d’établir pour l’histoire une énumération des faits, pour prouver que les raisons fondamentales de cette destitution, sont purement et strictement politiques. Ce qui a transpiré dans cette entrevue, c’est l’odyssée du désaccord Préval/Boulos qui a fait un saut qualitatif pour devenir le conflit Préval/Boulos, quand Préval a décidé, que le sénateur Boulos soit devenu un obstacle à l’exécution de sa stratégie de contrôle total de l’appareil d’Etat.

 

Par où le désaccord a-t-il commencé ? Qu’est-ce qui a provoqué cette mutation, pour le transformer en un conflit ? Pourquoi la destruction du sénateur Boulos est devenue une obsession ? En d’autres termes, en tant que citoyen responsable, au lendemain du drame de son expulsion, le sénateur a tiré sur la sonnette d’alarme, pour vous mettre en garde, pour vous aider à voir clair et pour vous faire comprendre la stratégie de confiscation de l’appareil d’Etat qui se trame. Rester coi. Ne rien faire et ne rien dire, seraient aussi désastreux que de faire du mal. Mais encore pire ce serait de la lâcheté.

 

La question épidermique qui n’est pas des moindres, demeure pour certain un paramètre politique absolument essentiel et fondamental, qui a joué très certainement un grand rôle dès le commencement, forçant le candidat Boulos à concourir à trois élections consécutives pour être enfin élu 1er sénateur du Nord-est le 3 décembre 2006. Au lendemain de son élection à la vice-présidence du Sénat, cette question a ressurgi avec bruit et fracas. Mais attention, pour Préval, issu de la petite bourgeoisie mulâtre du coté maternel et d’un père grand don de Marmelade, c’est plutôt une démagogie manipulatoire qu’il exploite à fond, à cause de son teint.

 

Elu sénateur, en entrée de jeu, le sénateur Boulos a touché au proverbial « third rail », provoquant, pour la première fois depuis 20 ans, la possibilité d’élections indirectes, en forçant l’installation des ASEC et des Délégués de ville. C’est un acte impardonnable pour un lavalassien, parce qu’il menace directement l’intégrité du pouvoir lavalas. Les lavalassiens craignent les élections indirectes et les ont constamment évitées, de leur avènement au pouvoir en février 1991, jusqu'à nos jours. En mobilisant des parlementaires des deux chambres à Kaliko, le sénateur a, de fait, forcé la main à Préval et à Alexis en les obligeant non-seulement de proclamer les résultats des élection pour les ASEC et les Délégués de ville, en juillet 2007, mais de plus et surtout de les installer immédiatement, en août 2007.

 

Pourquoi les lavalassiens craignent-ils autant les élections indirectes ? Elles établissent le régime d’Assemblées Territoriales.

-Qui organise la décentralisation et la déconcentration du pouvoir central de la république de Port-au-Prince.

-Qui crée le Conseil Electoral Permanent.

-Qui autorise les Délégués interdépartementaux à siéger au Conseil des ministres avec voix délibérative.

 

En d’autres termes les élections indirectes amènent inéluctablement à la destruction du pouvoir traditionnel lavalassien, par la prévention du contrôle absolu de l’appareil d’Etat par l’Exécutif. Or c’est précisément ce à quoi Préval aspire.

 

La combinaison infernale, de la cherté de la vie, de la faim, du chômage et de l’effondrement de la production agricole, qui déchire les entrailles des familles haïtiennes et particulièrement des plus démunies, est désormais appelée « CLOROX » dans le vernaculaire. Cette crise était resté un sujet tabou dans les cercles gouvernementaux, jusqu’au moment où, pressuré par ses mandants, le sénateur Boulos a crevé l’abcès, en dénonçant publiquement le fait dans les médias. Il ne s’est pas contenté de le dénoncer. Il a proposé à la consultante de Préval une combinaison de 3 solutions pour sortir rapidement de l’impasse :

-Elimination temporaire de la TCA pour les produits alimentaires de base, particulièrement le riz.

-Reprise du microcrédit pour stimuler rapidement l’économie.

-Offre d’intrants agricoles aux paysans victimes de 4 intempéries en 12 mois.

 

Au lieu de chercher à comprendre, d’analyser et d’examiner la faisabilité de ce qui lui a été suggéré, Préval s’est formalisé. Pris de rage, il s’est rendu au Plateau Central pour faire les déclarations que nous connaissons tous : « Il nous faudra d’un miracle pour résoudre le problème de la cherté de la vie. Si vous voulez protester contre le coût de la vie, invitez moi, je viendrai protester avec vous ! » Préval a-t-il rejeté ces solutions du revers de la main, parce que c’étaient proposées par le sénateur Boulos ? Ou, en tant que populiste pure laine, préférait-il se lamenter au lieu de solutionner cette crise ? Take your pick! Cependant cette semaine, à quoi sommes-nous en train d’assister, aux Cayes, aux Gonaïves, à Port-au-Prince, à Petit Goâve, à Aquin etc. ? Les émeutes de la faim ! La révolte contre la cherté de la vie ! Que peut-on dire à propos de la réaction du gouvernement, trop tard dans un monde trop vieux ? Et enfin la question que tout le monde se pose tout bas. Est-ce le commencement de la fin ?

 

Le système judiciaire ayant toujours été maintenu sous coupe réglé par l’Exécutif, le contrôle du pouvoir législatif demeure pour Préval l’enjeu, l’étape à franchir, pour arriver au contrôle total de l’appareil d’Etat. La dissolution des chambres étant prohibée par la Constitution (article 111.8), la caducité et le disfonctionnement du corps législatif, sont les moyens contemplés par Préval, pour parvenir à ses fins. La caducité graduelle du Sénat a été l’opportunité que Préval a tentée d’exploiter en refusant de faire les élections renouvelant le tiers du Sénat. La menace de boycottage de la session en Assemblée Nationale du 14 janvier 2008, par 6 sénateurs, a empêché le renvoi des 3e sénateurs et forcé le maintient de leurs mandats jusqu'à la tenue des élections sénatoriales. Ça aussi a été attribué au leadership du sénateur Boulos.

 

Réagissant négativement à la remarque de Préval, que « la Constitution est une source de déstabilisation », le sénateur Boulos a manifesté publiquement son opposition à toute tentative de remplacement de la Constitution. Cette prise de position formelle, met le sénateur Boulos définitivement dans la ligne de mire de Préval.

 

Peut-on, à partir de ce résumé de la chronologie de l’évolution des faits mis en exergue par cette entrevue, croire qu’il existait un pont entre Prévale et Boulos, que le sénateur aurait pu franchir sans compromettre son intégrité ?

 

Il est absolument certain qu’en Démocratie, le maintien de la cohésion sociale, la satisfaction de la mosaïque d’intérêts nationaux, se gèrent par la recherche et la négociation du bien commun, pour aboutir au consentement. La question est de savoir, entre d’une part, les efforts que Préval déploie ostensiblement pour la confiscation du contrôle total de l’appareil d’Etat. Et de l’autre, l’introduction de la possibilité de faire des élections indirectes, la proposition de solutions pour réduire la cherté de la vie, la faim et le chômage, en stimulant l’économie et la production agricole, éliminant temporairement la TCA. Qui donc dans ce conflit Préval/Boulos, est en vérité à la recherche du bien commun, pour satisfaire la mosaïque d’intérêts nationaux?

    

Dans l’évolution de ce conflit, il y a un aspect encore plus grave, qui se profile. C’est la violation du principe de l’indépendance des pouvoirs. Mis à part, l’empiétement du Sénat sur le domaine judiciaire, la détermination de la nationalité, dénoncé par nos éminents juristes. La violation de l’article 112.1 de la Constitution, la majorité requise pour l’imposition des mesures disciplinaires et leurs limites. Il y a surtout, quand on réfléchit sur l’origine du texte de la résolution du 18 mars 2008, une suspicion qui se confirme au fur et à mesure.

 

Comment expliquer que cette résolution, dont le but est de chasser le sénateur Rudolph Henri Boulos du Sénat, ne contient pas dans sa liste de considérants, un considérant, qui relate le fait le plus important et le plus dramatique de la session, la démission verbale du sénateur Rudolph H. Boulos ? L’absence de la démission verbale de celui qui est spécifiquement ciblé par cette résolution, dans la liste des considérants, met en exergue le fait qu’elle n’a pas été rédigée au cours de la session, mais qu’elle a été préconçue et rédigée ailleurs. Si elle avait été conçue et rédigée par un ou plusieurs sénateurs, cela va de soi, qu’elle serait modifiée pour inclure cette démission verbale. Le fait est, qu’elle ne l’a pas été. Pour qu’il en soit ainsi, il faut croire qu’obligation avait été faite formellement au président du Sénat par celui qui lui a remis la résolution, qu’elle devait être adoptée tel quel. Qui donc peut intimer un tel ordre au président du Sénat ? Hic est quaestio !