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Maladroit International Policy Has Split Martelly and Conille and Paralyzed the Executive

Originally: Thèmes de l'Emission de la Semaine

Robert Bénodin, Radio Classique Inter, 2012-02-19

Haiti Democracy Project web page item #4755 (http://www.haitipolicy.org)

En observant l’évolution et la complexité de cet imbroglio, on ne pas s’empêcher de déceler graduellement les similarités qui se profilent à l’avant-scène politique, entre ce qu’on a vécu il y a 20 ans et ce que l’on est en train de vivre aujourd’hui, avec naturellement quelques disparités dues plutôt aux différences conjoncturelles qu’à la nature des acteurs, des enjeux, des jeux et de l’ensemble des problèmes politiques en question.

 

L’immixtion internationale dans les affaires électorales du pays et particulièrement au niveau des présidentielles, provoque invariablement les mêmes conflits et les mêmes résultats. Ignorant intentionnellement à chaque intervention, la réaction personnelle de ceux qui deviennent chef d’état, ayant à leur actif une certaine légitimité que leur confère leur popularité acquise, certes, dans un autre domaine. Cette légitimité les incite à vouloir s’affirmer pour assumer le rôle pour lequel ils ont été élus. De fait, c’est l’Internationale qui depuis quelque temps finance en grande partie la fonction électorale. L’élection en Haïti, n’étant plus un acte de souveraineté ! Ce fait par lui-même, s’il explique le contrôle absolu que l’Internationale entend exercer principalement sur l’Exécutif. Mais peut-il vraiment justifier l’absence totale de considération pour le comportement de ceux qui sont élus chef d’état et qui aspirent à assumer leur rôle ? Avait-on établi au préalable avec eux les conditions de leur catapultage au pouvoir ? Si non, pourquoi les avoir catapultés au pouvoir, en exploitant leur popularité acquise dans un autre domaine, mais escomptant un comportement contre nature de leur part. Alors qu’ils se perçoivent eux-mêmes comme des candidats choyés tant par la volonté populaire que par celle de l’Internationale ! Arrivé à la présidence, peut-on espérer que naturellement, ils accepteront implicitement qu’on les jette au rancart ? Pensez-vous que quelqu’un qui se serait sérieusement engagé à faire l’énorme effort pour se faire élire au poste de chef d’état, en vu d’assumer ce rôle dans sa plénitude, consentirait simultanément à accepter l’entérinement de l’insignifiance de sa propre personne ?

 

Il y a 20 ans, n’a-t-on pas transposé en politique la popularité d’Aristide acquise dans le domaine de la prêtrise, par son charisme, pour le catapulté à la présidence, alors qu’il n’avait aucune expérience ni politique, ni administrative ? Sa volonté d’exercer le pouvoir comme il l’entendait, n’avait-il pas abouti après 7 mois, du 7 février au 30 septembre 1991, à un effondrement total, suivi d’un coup d’état militaire, sous une administration républicaine aux Etats-Unis ? Cependant, parce que l’OEA avait adopté en juin 1991 la résolution 1080 qui abolissait la légitimité du coup d’état militaire, d’une part. Et d’autre part, une administration démocrate avec Bill Clinton, plus libérale, ayant succédée celle des républicains, plus conservatrice. La décision de consolider l’institution régionale, l’OEA, le besoin d’abolir le coup d’état militaire, coïncidant avec le besoin d’adoption par le Congrès et l’Exécutif américains des accords de la North American Free Trade Agreement (NAFTA) entre les Etats-Unis et les pays de l’Amérique Latine. Pour obtenir le vote du Black Caucus, les Etats-Unis volontiers ont retourné dans ses fourgons Jean Bertrand Aristide, en le proclamant le premier président démocratiquement élu à 67%.

 

Est-ce que la mécanisme du catapultage de Martelly à la présidence, par le biais de la transposition de sa popularité acquise dans le domaine de la musique, en politique, n’est pas une copie conforme de celle qui a contribuée à l’avènement d’Aristide au pouvoir, avec s’il vous plait, un pourcentage de voix identique, 67% ? La première a été exécutée par les Français au profit d’Aristide. Et celle d’aujourd’hui organisée par les Américains, dans le cadre de la reprise du dossier haïtien, au profit de Martelly. Qu’il y a-t-il d’étonnant qu’Aristide ainsi que Martelly, aient le même comportement ? Qu’ils veulent s’affirmer pour assumer légitimement le rôle pour lequel ils ont été élus ?

 

Avec la nuance qu’aujourd’hui on a parachuté un cadre de l’ONU mieux préparé que Martelly, comme premier ministre. Celui-ci au lieu d’utiliser la supériorité de sa formation, de sa préparation et de son expérience pour s’accommoder à et contrôler une situation très volatile afin de développer une synergie, créer et maintenir la cohésion de l’Exécutif en tant que pouvoir institutionnel collectif, a préféré prendre une attitude élitiste par rapport à celui qui de fait détient jusqu'à preuve du contraire la légitimité de l’institution présidentielle, mais charriant certes des handicapes sévères.

 

« To be or not to be that is the question? » Doit-on ou ne doit-on pas croire que les résultats des élections soient de fait le reflet véritable de l’expression de la volonté générale ? Si non, il faudrait les annuler ! Certainement, Aristide n’a pas eu ce problème avec Préval. Il l’a eu avec l’Armée au début de son mandat ! Comme pour Aristide, il est question maintenant de renversement au début de ce nouveau pouvoir. Mais est-ce que les conditions actuelles de tutelle, principalement axées sur la notion du maintien de la stabilité, s’y apprêtent ? Ceux qui abondent dans le sens du renversement réalisent-ils, qu’ils emboîtent le pas à la politique de la continuité ? Voilà le dilemme !

 

Quand on constate dans les faits que Conille accompagné des membres du pouvoir législatif, les chantres de la continuité, sont invités au Congrès américain, pour présenter leur doléances, d’une part. Mais que d’autre part, Martelly catapulté au pouvoir par l’intervention non voilée des Etats-Unis, de l’ONU, de l’OEA, de la CARICOM et du gouvernement dominicain, se précipite paradoxalement dans les bras de Chavez et Castro, qui sont en train d’organiser ouvertement une institution régionale parallèle à l’OEA, excluant les Etats-Unis et le Canada. Perplexe, on est obligé de se demander, pourquoi ?

 

Martelly, comme Aristide l’a été au début de son pouvoir, est conscient de qui s’opposent à ce qu’il assume la plénitude de son pouvoir.  C’est plutôt le refus ostensible et sans équivoque de se laisser vassaliser et castrer, malgré la légitimité de leur présidence, qui est en question ! De même qu’Aristide, avec qui il partage la même base populaire, pratiquant comme lui, avec cette base, le mercenariat traditionnel, il refuse de se laisser supplanter, ni par le premier ministre proxy de l’Internationale, ni par les parlementaires chantres de la politique de la continuité. Voilà où se situe essentiellement les éléments fondamentaux de ces bras de fer qui paralysent l’Exécutif. Conille et Martelly, plus soucieux de la pertinence et de la prépondérance de leur pouvoir personnel, contribuent-ils à la synergie, à la cohérence et à la cohésion de ce dont ils sont collectivement responsables, le pouvoir exécutif, pour en faire un pouvoir fonctionnel ?

 

Il est évident que la politique de la continuité est entrée en crise par le biais de l’immixtion internationale aux dernières élections présidentielles d’une part. Mais d’autre part, que la re-promulgation des amendements soit l’unique biais par lequel la reprise de cette politique de la continuité soit possible. Or nous constatons dans les faits que le proxy de l’Internationale, Gary Conille, se déclare publiquement et paradoxalement pour la re-promulgation des amendements. La réunion au Congrès américain la semaine dernière, où Conille et les parlementaires chantres de la politique de la continuité, ont été invités, n’a-t-elle pas été organisée par l’entourage de Conille ? Dans cette situation manichéenne, pour servir les besoins de la pertinence de son autorité, est-ce que Conille n’est pas en train d’emboîter le pas, soit par choix ou par défaut, à la politique de la continuité ? Alors que Martelly pour servir les besoins de la pertinence de la légitimité de sa présidence, n’est-il pas entrain de résister contre sa mise au rancart ?  

 

Allons-nous perdre encore 5 ans dans la continuité interminable d’une longue lutte intestine pour la prépondérance du pouvoir personnel et demeurer dans la stagnation et la faillite de l’état ? Ou, ceux qui sont responsables de la gestion des affaires de l’Etat, vont-ils se ressaisir pour agir en hommes d’état ?

 

De François Duvalier au deuxième mandat de René Préval, la gestion de la prépondérance du pouvoir personnel, n’a-t-elle pas été irréfutablement l’unique élément dominant que ces deux régimes ont partagé au cours de ce dernier demi-siècle ? Au cours de ce dernier demi-siècle n’est-on pas passé de la présidence à vie, de Duvalier, au pouvoir à vie avec alternance présidentielle de lavalas ? Du fond du gouffre où nous nous trouvons aujourd’hui, classifié comme appartenant au quart-monde et au PMA, le patrimoine que nous ont légué ces deux régimes ! A ce stade, sommes-nous prêt à accepter le maintien de la continuité du pouvoir à vie avec alternance présidentielle ?